‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 45 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE. m · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. m

merveilles, la parole ne saurait les dire. Arrivé là, il faut se taire, ou s'enfuir sur des ailes de feu. *

Nous voici bien loin des sibylles et de toutes les missions, chez les peuples autres que le peuple hébreu. Finissons sur Orphée.

Je ne craindrai pas de le répéter une dernière fois, afin qu'on n'attende pas plus que je n'ai le dessein de promettre; je n'ai point la prétention d'avoir traité le sujet d'Orphée, considéré comme poëte my thographe, ou comme théocrate, ou enfin comme législateur, si toutefois on peut lui don-^ ner ce nom.

Je n'ai jamais conçu un si vaste et si noble projet; et même, pour éviter l'embarras que j'ai signalé plus haut, relativement à ce personnage, tant à cause des faits qu'à cause de l'époque, j'avais d'abord inventé une fable, abstraction faite du nom. J'ai ensuite senti que je n'avais pas le pouvoir d'imposer un nom à une tradition, de consacrer un type ; et Salluste le philosophe , que j'ai lu depuis, m'a appris que les fables sont divines. J'ai donc demandé à l'antiquité un nom, et je lui ai emprunté une fable pour exprimer ma pensée. C'est ainsi que faisaient les poètes, dans les temps où les poètes n'exécutaient pas un ouvrage^ mais obéissaient à une inspiration , dans les temps où les poètes gnomiques, par exemple, n'auraient pu concevoir la pensée de donner des préceptes

littéraires, comme ceux d'Horace ou de Boileau. jmir ce qu'on appelle la perfection de l'art. L'art, en effet, n'existait pas encore.

J'ai exprimé, par mes personnages, des pensées rejêtues quelquefois d'une expression qui n'a pas pu être la leur , j'en conviens •, mais ils ont dû avoir ces pensées , oi| des pensées analogues, au moins d une.manière jconfuse. D'ailleurs, pour les écrits d'une haute antiquité, on a souvent senti le besoin * d'insérer un commentaire qui court dans le texte, et se confond avec lui ; c'est ce qui a été fait pour la Bible. D'ailleurs encore, il ne faut pas craindre .^ de le dire, mes personnages et ma fable. sont prophètes, plus ou moins.

Jeue suis point entré dans lés détails du culte, car il eût fallu être païen.

Mais si cette composition, comme je l'ai déjà dit, n'est pas fondée sur des données scientifiques, quoiqu'elle soit très loin d'y être étrangère, ainsi que je l'ai aussi fait en tendre,, elle porte sur d'au- ^tres données beaucoup moins trompeuses, et surtout bien plus appropriées à notre temps , temps palingénésique où le sentiment intuitif des choses primitives cherche à se réveiller : si donc elle n'est pas l'exposition même imparfaite de traditions locales transformées , et,pardonséquent, restreintes dans de certaines limites, elle est, selon qu'il a été également dit plus haut, une expression assez

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