‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 47 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE. u · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. u

type d'Ulysse, création admirable, si peu appréciée jusqu'à présent, expression vivante d'un sentiment général, qui ne put jamais être inventée par un grand poëtê, quelque doué qu'il eût été de la force de sympathie et d'assimilation. Ulysse^ c'est l'homme même, c'est-à-dire l'antique plébéien, marchant vers des initiations successives. Les erreurs d'Ulysse , pour me servir du mot mythique, ce sont les épreuves par lesquelles le plébéien primitif s'élève à l'héroïsme primitif, en d'autres termes, à l'humanité d'une époque primitive; car, dans la langue sociale d'une telle époque, homme, héros, patricien, sont des nom& exclusifs, donnés à ceux qui sont déjà pourvus des facultés et des prérogatives humaines, pour les distinguer de ceux qui ne les ont pas encore, ou qui les ont en germe non développé, et ne les ont pas en droit. La fable de l'Odyssée n'est donc qu'un vaste tableau de l'initiation humaine: voilà pourquoi cette antique épopée, qui tient son unité ^e l'unité même d'une tradition , est, d'après les idées que je viens d'exprimer, un livre analogue à celui des Politiques d'Aristote , l'un dans la sphère poétique et symbolique, l'autre dans la sphère philosophique et positive.

Ainsi, pour me faire mieux comprendre, il est bon que je fasse passer mon lecteur par^ l'histoire romaine, pour le faire aller du connu à l'inconnu,

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et afin de pouvoir adopter, en même temps, la forme de l'analyse et celle de la synthèse.

Je ne veux qu'ajouter un mot, et ce mot est une pensée qui doit se reproduire sans cesse : exprimée ou non, elle doit être présente par-tout, se reproduire, en quelque sorte, dans toutes les phrases de la Palingénésie; c'est que le christianisme non seulement est lé but auquel doit tendre l'humanité, mais encore que ses mystères, contenus déjà dans toutes les traditions du monde primitif, n'ont jamais cessé d'être l'arôme incorruptible dont furent toujours, intimement et dans leur essence propre, imprégnées les traditions secondaires et même les religions successives. C'est ce qui me faisait dire plus haut qu'il fallait être fort réservé dans les accusations d'immoralité ou d'absurdité dont nous sommes portés à flétrir certains cultes anciens.

Le christianisme était donc attendu. Qu'on ne s'offense point si,je dis ici, dès à présent, ce qui sera établi par la suite, à savoir, que leplébéianisme, expliqué dans son sens le plus général, étant la tige même de l'humanité , le christianisme est la religion éminemment plébéienne, la vraie religion de l'humanité. Ce n'çst pas ce qu'en avait fait le moyen âge vers lequel il serait impossible de nous faire rétrograder. Aii^si donc, par le christianisme, plus de double religion, l'une pour le

peuple, et l'autre pour les sages; c'est là le der^ nier degré de l'émancipation du genre humain. L'institution même des Mystères que toute l'antiquité considéra comme l'élément fondamental de la civilisation, ne fut-elle pas aussi un moyen employé par les anciens patriciats pour retenir la science, ou la connaissance exclusive de la tradition, à mesure que se développaient, dans le plébéianismé, l'intelligence, le sentiment moral, toutes les facultés humaines? Cette conjecture, au reste , sera trop prouvée par cette histoire romaine vers laquelle nous serons si souvent obligés ;^ de tourner nos regards, et où nous verrons, en effet , les patriciens faire de continuels efforts pour conserver dans leur sein le dépôt de ce que Varron appelle la théologie civile.

Enfin, j'aurai à établir, dans cet ensemble de doctrines, que les premières législations écrites ont souvent conservé les formes symboliques des législations traditionnelles, ce qui offre la possibilité de pénétrer pi us avant; et, à cet égard, nous aurons à tirer de la loi des XII Tables, si fortement empreinte encore d'un droit que l'on pourrait nommer cyclopéen, des inductions qui nous serviront, je l'espère, à mieux entendre l'antiquité: là nous trouverons des formules susceptibles d'être expliquées seulement par le symbole, en remontant à la signification originelle de mots qui

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