‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 69 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE. i6i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. i6i

une limite de plus a été assignée à cette liberté, ou plutôt une liberté d'un genre nouveau lui a été accordée, pour que son perfectionnement fût son propre ouvrage; et ici encore je puis invoquer en témoignage les documents de l'histoire sacrée et de l'histoire profane, qui sont également unanimes sur ce point, que toutes les villes primitives ont été fondées sur le droit d'asile : ainsi toutes sont des villes d'expiation. L'homme enfin a dû reconstituer son être, par le moyen même de l'état social. S'il eût bien usé de sa liberté antique, il n'aurait pas eu besoin de passer par cette liberté successive qui sert à faciliter, à marquer ses progrès. La société lui a donc été imposée comme une épreuve et comme un appui. La solidarité aussi, qui en est une suite nécessaire, lui a été imposée en même temps comme une épreuve et comme un appui ; car, dans les vues paternelles de la sagesse infinie, la peine et la protection sont choses identiques. A mesure qu'il se perfectionne, qu'il s'améliore, ou, en d'autres termes, à mesure qu'il se développe, la solidarité diminue d'intensité ; il se rapproche de l'individualité; il n'y parviendra toutefois que dans une existence future. En effet, de ce que le père et le fils sont la même substance, et, en quelque sorte, le même être continué, il en résulte l'homogénéité, et, pour ainsi dire, l'individualité de l'espèce humaine. A toutes les époques,

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il y a des hommes qui, par leur haute moralité, sont plus ou moins soustraits au joug de cette solidarité; tout le temps des épreuves est abrégé pour eux, ou bien ils en prennent volontairement le fardeau, pour l'épargner aux autres, ce qui est la même chose. Ceux-là sont des hommes providentiels que la bonté divine suscite pour hâter l'accomplissement de ses desseins. Ajoutons que Imdividualité n'est point l'égoïsme, puisqu'il reste, ainsi que nous venons de le dire , la faculté du dévouement libre.' C4omment des esprits élevés, des cœurs généreux, ont-ils pu croire que la société est une institution mauvaise en soi? C'est qu'ils se sont transportés à un état qui fiit celui de l'homme dans un temps dont la mémoire est conservée parla tradition universelle. Ainsi donc s'accomplira le retour promis par cette même tradition; et nous reconquerrons une partie de notre individualité. La nécessité de la prière continuera pour les individus , elle diminuera comme devoir des êtres collectifs. De là, le moins de nécessité du culte public, d'une religion de l'État. L'indépendance de la pensée relativement au signe, conduit à l'indépendance du sentiment religieux, relativement au culte cérémoniel. A cet anneau

de la chaîne s'attache le principe de la tolérance. Je me suis expliqué ailleurs sur ce sujet. Comme nous ne sommes point affranchis par-là des liens

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