DEUXIÈME PARTIE. i
périence du cours naturel des choses entravé par les pouvoirs destinés à le protéger? Qui sait si les gouvernements ne finiront pas par ajourner, pour un temps, les développements actuels de Fesprit humain? Nous croyons qu'ils manquent à leur mission ; ils ne font peut-être qu obéir à une autre mission que nous ignorons, celle d'enchaîner le nouveau Prométhée. Les patriciats divers ont toujours prolongé les épreuves; c'est, sans doute, en vertu d'une loi universelle. Ce serait alors en vertu de cette loi que Dioclétien dut éprouver les chrétiens ; et, lorsque le monde fut chrétien, Constantin proclama la foi du monde. Ainsi, même dans les choses religieuses, il faut que l'homme lutte contre la destinée: il faut qu'il paie d'un grand prix la croyance et la liberté ; et le prix dont il a acheté la foi chrétienne, Témancipation évangélique , prouve toute l'étendue du bienfait. Que savons-nous si maintenant les peuples sont assez préparés à ce nouveau développement du christianisme? Savons-nous s'ils ont assez compris que c'était au christianisme, c'est-à-dire à la Providence de Dieu, qu'il fallait s'adresser, et sur-tout s'ils ont suffisamment appris à moins compter sur leurs propres forces? S'il en est ainsi, et que le nouveau Constantin doive se faire attendre, alors, dans ma pensée de résignation, je me dispose à me consoler de voir les efforts gêné-
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reux devenus impuissants; je me consolerai, disje, en pensant que, sans doute, nous n'étions pas assez avancés dans le sentiment moral, pour mériter Fémancipation , sinon complète, du moins incontestée. Nous y parviendrons graduellement, à mesure que nous le mériterons par nos efforts soutenus, par une respectueuse confiance.
Ne lavons-nous pas déjà dit, et sommes-nous obligés de nous répéter sans cesse? Les premières sociétés furent sévères et garrottantes, parcequ Câpres la déchéance il fallut enseigner peu à peu le sentiment moral ; et le christianisme lui-même, quoique si terriblement acheté, le christianisme dont Femblème ineffable est un instrument de supplice, le christianisme lui-même na pénétré que peu à peu dans la moelle de la société.
Oui, la religion, et ce mot doit être entendu ici dans le sens le plus universel , la religion ËEÛte pour Fhomme, dans le temps, est sujette à la loi du progrès et de la succession ; elle se manifeste donc aussi successivement. Lorsque Dieu a parlé ^ dans le temps, il a parlé la langue du temps et de lliomme. L'esprit contenu dans la lettre se développe, et la lettre est abolie. La plénitude des facultés humaines sera la plénitude de la religion.
Au reste, pour le dire en passant, le mot religion suppose la chute originelle, car il signifie ou renouement ou réélection ; il suppose donc aussi