‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 72 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Imtervention dun Médiateur, dogme qui, en effet, se trouve au fond de toutes les croyances.

Cette loi de succession , que nous venons d'appliquer à la religion, est d'une telle évidence, qu'elle a illuminé Bossuet, l'immobile Bossuet, jusqu'à éblouir son fier regard. Selon lui , Dieu n'avait pas jugé convenable de livrer, chez les Hébreux, le dogme de l'immortalité de l'ame aux grossières interprétations, aux stupides pensées d'une multitude trop chamelle pour ne pas en abuser; les hommes spirituels, les parfaits, pouvaient seuls pénétrer les voiles dont il était enveloppé à dessein. L'antique tradition s'expliquait pour les uns, restait muette pour les autres. J'aurais cru qu'une telle assertion ne pouvait être produite que par les incrédules. Juste ciel! un peuple qui n'est pas, dans son universalité, fortement empreint du dogme le plus nécessaire, du dogme de l'immortalité ! Et c'est ce peuple qui est dit le dépositaire des promesses ! Et c'est ce peuple à qui l'on conteste si peu l'auguste prérogative de produire le Messie ! Et c'est un législateur inspiré de Dieu, que l'on peut supposer occupé de pareils ménagements !

Arrêtons-nous un instant, puisque l'occasion s'en présente, sur cette importante controverse qui a été émue au sujet de la croyance en l'immortalité de l'ame chez le peuple hébreu. L'étude de

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la législation toute typique, et de l'histoire toute figurative de ce peuple extraordinaire, ne pourrait-elle pas conduire à affirmer que l'accomplissement des préceptes qui s'appliquaient à la loi morale procurait des récompenses dans l'autre vie, et que les promesses temporelles ne s'appliquaient qu'à la loi de l'extérieur de la religion , aux pratiques cérémonielles destinées à passer? Cela s'expliquerait par la raison que le culte, tout national, était aussi le symbole de l'institution politique.

Il ne faut pas oublier que les Hébreux sortaient de chez un peuple où était établi le culte des morts, qu'ils marchaient au milieu de nations nécromanciennes, c'est-à-dire au milieu de nations qui avaient abusé du dogme de la résurrection des morts, et que Moïse devait travailler à les préserver des contagions superstitieuses.

Dieu défend de faire des images ou des représentations de lui-même, pour éviter l'idolâtrie. C'est par la même raison que le législateur est tellement circonspect sur l'immortalité de l'ame, autre dogme qui donne lieu à une autre sorte d'idolâtrie.

Ce dogme toutefois était implicitement reconnu par toute la loi; il ressortait de toutes les traditions : le nom de Dieu qui , dans la langue du peuple hébreu, exprimait le nom du seul être inconditionnel, de l'existence absolue, nécessaire.

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