DEUXIÈME PARTIE
continue, et sans fin, avait imprimé ses hautes prérogatives au verbe par lequel ITiomme exprimait à son tour le sentiment de l'existence; ce verbe se refusait à rendre l'idée du présent, toujours passager, et avait besoin d'avoir recours à un temps composé du passé et du futur.
Je ne veux cependant point me briser contre l'autorité du grand nom de Bossuet. J'avoue même que sa pensée si rigoureuse, et j'oserais dire si hautaine, pourrait recevoir des explications favorables à mes propres idées; et je ne saurais m'engager dans cette discussion, quelque fût l'intérêt qu'elle devrait présenter; le peuple hébreu, comme nous venons de le dire, image et type de tous les peuples, le peuple hébreu, qui était tenu de conquérir une patrie, était-il tenu de conquérir aussi le dogme de l'immortalité? Mais du moins pouvait-il s'y élever de lui-même, puisque, dès l'origine, il ne fut point soumis à cette forme initiative qui, par-tout ailleurs, a distingué le plébéien du patricien. L'abbé Fleury le fait noble tout entier; car, en effet, il était sorti tout entier de la maison de servitude. Bossuet paraît donc avoir méconnu le caractère de cette antique émancipation.
Au temps de Constantin , il y eut d'autres Bossuet, qui s'allarmèrent du progrès que faisaient les sciences primitives. La limite redoutable de
lyo PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
lortliodoxie fut posée, et scellée par le sang. La théocratie releva sa tête puissante. Toujours les analogies se présentent à mon esprit. Et je dirai ' encore ici qu'au temps de Constantin, le genre humain n'était pas assez préparé pour la pleine émancipation chrétienne, dont il fut cependant si près.
On a pu entrevoir la pensée première de la Ville des Expiations; c'est celle que j'ai attribu4^, plus haut, à la Providence elle-même,* dans l'établissement de toute société humaine, de mettre une sauve-garde à la liberté de l'homme, lorsqu'il l'a compromise; de venir à son secours par une nouvelle épreuve, lorsque les autres épreuves n'ont pas suffi; de le soustraire au mauvais destin sous lequel plient ses facul tés qu'il n'a pas su diriger pour l'amélioration, pour le perfectionnement, but suprême et définitif du Dieu qui l'a fait primitivement à son image, et qui ne veut pas que cette image auguste reste profanée. Ajoutons une dernière réflexion plus spéciale. Enfin cette ville, comme toutes les cités primitives, est fon^^ dée sur l'antique droit d'asile , droit qui fit la ville bâtie par Gaïn, comme il fit le Theseum d'Athè- " nés , comme il fit la ville bâtie par Romulus.
Mais, pour tout résumer en un mot, la pensée universelle qui préside à 1^ Ville des Expiations, c'est la pensée généreuse, chrétienne, desubsti-