‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 86 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Vienne le moment où elle pourra s'affranchir du joug si profondément démoralisateur de l'étranger! Il y a long-temps qu'on l'a dit, puisque c'est à propos des projets d'Henri IV: C'est être le maître des Italiens que de leur rendre la liberté. Voyez un autre spectacle digne de votre attention. Dans ces derniers temps, un nouveau Titan, confiné au milieu des vastes mers, est mort seul sur un rocher. Celui-ci a voulu faire autrement que Prométhée. Prométhée, c'est le génie civili-sateur, le génie du progrès et de l'avancement, enchaîné par la destinée inexorable. Buonaparte, c'est le génie égoïste, qui veut que le monde entier soit employé à élever le piédestal de sa statue isolée; et cette statue isolée a eu le sort du fameux colosse à la tête d'or et aux pieds d'argile. Buonaparte trouva beau de combattre la civilisation avec les armes fournies par elle-même. Il voulut faire rétrograder les sociétés humaines dont il était le plus éclatant produit. Buonaparte a légué au monde cet esprit de retardement qui ne meurt . jamais , contre lequel l'homme doit perpétuellement combattre, sans prendre aucun repos, comme il doit perpétuellement combattre contre les forces delà nature, et toujours sans prendre aucun repos. Sitôt qu'un homme se décourage dans les épreuves de l'initiation , il s'affaisse dans sa propre misère, il se complaît dans son abrutissement.

ïgô PALINGÉNÉSIE SOCIALE. -

il ces^e , en quelque sorte , d'être une créature Humaine : il en est ainsi d'une nation.

Buonaparte ne fonda pas dans l'avenir, et le présent lui est échappé* Grande leçon ! Il a disparu seul. Il a brillé un instant comme un météore étranger à notre système social. Nul peuple ne dit : C'est sa pensée sympathique qui nous gouverne.

Les souverains n'ont secoué le joug de Buonaparte qu'en affranchissant les peuples, ou en promettant de les affranchir, ou enfin en reconnais- * sant l'émancipation de ceux qui s'étaient trouvés dans des circonstances telles qu'ils s'étaient affranchis par le fait. Les peuples ont, plus qu'on ne croit, l'instinct de la conservation, mais c'est toujours par la voie de la liberté. L'ordre est un besoin des peuples, et ils ne peuvent manquer de satisfaire à ce besoin, lorsqu'on les laisse accomplir une révolution devenue nécessaire, sans la contrarier en ce qu'elle a d'utile et de bon. Les princes ne savent pas prévenir une révolution , parcequ'ils ont perdu la facul té d'instituer. Voyons-nous, en effet, à présent, des princes faire des peuples? N'oublions pas ceci, pour la suite; il n'est pas temps encore de s'arrêter sur cette considération, qui est cependant d'une si grande importance.

Reportons notre pensée sur les circonstances qui ont servi à l'affranchissement graduel des peuples '

Page 1