DEUXIÈME PARTIE
modernes. Le bienfait des croisades fut loin d'être prévu ; mais les communes étaient fondées, et le. bienfait subsista : d'ailleurs , les classes privilégiées donnaient trop d'inquiétudes au ]X)uyoir. Buonaparte, une fois renversé, le bienfait n'a pas subsisté , parceque rien n'a été fondé. Les souverains de l'Europe ne parviendront à civiliser l'Asie qu'en affranchissant leurs propres peuples.
Depuis l'émancipation par le christianisme, le génie de l'avancemept est disséminé dans le monde; mais il y est répandu parmi une multitude qui est désarmée. Le génie du retardement, au contraire, est concentré dans le petit nombre, mais 4ans le petit nombre armé de la puissance sociale, de la force d'organisation. A l'origine des sociétés humaines, le génie du progrès était dans le petit nombre, et c'était la multitude qui y apportait des obstacles. Ce génie bienfaisant finissait par remporter la victoire, même sur les forces légales et organisées, parcequ'il est de la nature du genre humain d'avancer toujours. Le petit nombre, exécutant les arrêts du génie du ' retardement , agit donc contre la nature du genre humain. Il finira par être vaincu. L'initiation n'est plus confiée à quelques uns, elle repose dans tous, parceque tous entrent dans les mœurs générales, parceque l'ordre légal appartient à tous. Les peuples émancipés par le christianisme auraient déjà
igS PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
triomphé, s'ils avaient compris qu'ils devaient se réunir dans une seule pensée, et que cette pensée devait être une pensée religieuse. Les hommes du retardement, les uns par une erreur de conviction , Jes autres par un coupable calcul, ont invoqué la Providence : ils ont au moins cherché l'appui du fait religieux, ils ont pris le bou^ clier de la théocratie. Les hommes de l'avancement n'ont compté que sur leurs propres sentiments, sur l'énergie de leurs volontés. Quelquefois même , trompés par l'abus que leurs ennemis faisaient d'une intei'vention religieuse, vraie ou hypocrite, mais, dans tous les cas, hors de nos temps, ils se sont précipités dans la révolte de tout principe religieux. Le mal est des deux côtés; mais la seule invocation à la Providence est douée d'une puissance infinie, parceque son nom seul est plus fort que toute la force humaine, comme la seule révolte contre la Providence, par le fait même de cette révolte, brise et dissout toute force. La foi s attache au signe de la foi. Nous lisons dans la Genèse, qu'une bénédiction frauduleusement obtenue n'en subsista pas moins. Rappelons-nous la belle comparaison d'Homère, la chaîne d'or. Une antique .superstition juive, ou plutôt rabbinique, attachait les plus hautes vertus au simple acte de prononcer le nom incommunicable et sacré de Jehova. Tant que Troie conserva son palladium,