LIVRE QUATRIÈME
giand. Il venait des forêts de la Chaonie. Les Thraces désolés d'une calamité si cruelle, qui ineiiaçait d'anéantir les fruits de leurs travaux, la longue attente d'une année, se réunirent autour de leur roi, en poussant des cris de vengeance et dextenmination. Traitons-les, disaient-ils, à Fégal des animaux dont ils ont conservé toutes les mœurs fisirouches. Sans doute, répondit Œagrius, il faut mettre un terme à de telles calamités; sans doute il faiut que les sueurs du travail n arrosent pa» inutilement la terre : c est bien assez de Tincèrti^ tude des saisons. Orf^ée m'a enseigné la nécessité de la guerre, mais il ma enseigné, en même temps, l'humanité. Souvenez-vous donc, souvenez-vous que naguère vous ressembliez à ces hommes : comme eux, vous déchiriez la chair crue-, comme eux, vous tiriez votre nourriture du fruit du chêne. Vous aussi, vous avez été amazones, et vous n'êtes encore qu'arimaspes, puisque vous ne savez voir qu'avec un œil : veuillent les dieuif que vous deveniez un peuple complet, un peuple doué de tous ses organes. Souvenez-vous enfin depuis combien peu d'années vous avez recueilli votre première moisson. Sou venez- vous encore d'un événement bîeh plus récent. Les fléaux du ciel, les débordements des fleuves n'ont-ils pas anéanti, Tannée dernière , la moisson qui faisait votre espoir? On eût dit que les éléments conjurés vou-
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laient reconquérir leur ancien empire ^ et les Titans n'existaient plus pour de tels combats. Les bornes si récentes de vos héritages furent déplacées par la violence des eaux. Vous ignoriez que les véritables confins de la propriété ont dans le ciel des bornes qui ne peuvent se déplacer. Alors, veuillez vous en souvenir, rien n'égala votre fureur. Vous demandiez à retourner à vos forêts; vous maudissiez la sainteté des mariages, qui vous donnait des enfants à nourrir ; vous maudissiez la religion des tombeaux, qui vous faisait une terre natale. Il ne s agit donc point d exterminer ces malheureux qui sont ce que vous avez été avant que vous vous conuussiez, ce que vous vouliez être lorsque vous vous êtes connus. Il faut les vaincre, les soumettre au joug des lois, et leur faire aimer Tordre social que nous leur imposerons. Pourquoi u auraient-ils pas à leur tour la connaissance d eux-mêmes, la capacité du bien et du mal? Les dieux nous les envoient pour quils entrent, avec nous, dans les voies de lavancement progressif. Ils ont voulu que la guerre fût aussi un moyen de civilisation et de sympathie, car tout est souffrance dans la condition humaine. Ces mortels sont comme des animaux *, soufflons sur eux le soufHe créateur qui fait les hommes. Si Orphée était au milieu de nous, peut-être il les vaincrait par le seul charme de lliarmonie; et, vous ne |K)uvez en avoir perdu la