‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 99 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. i

de l'Egypte, à approfondir les sciences les plus releyëes qu'il soit donne à l'homme de comprendre. Durant son dernier séjour dans la Thrace, il a, sans l'avoir prévu, jeté dans le cœur d'une jeune et belle ménade le funeste poison d'un amour qui doit la conduire au tombeau. Elle ne peut manquer de paraître devant vos yeux cette vierge malheureuse, qui fut trpp éprise des prodiges opérés par Orphée, et qui compta trop sur le pouvoir de la beauté. Enfin le poëte divin a' disparu tout-à-fait pour nous ; il ne nous a laissé que sa lyre, dont personne encore, après lui, na osé tirer des sons. Sans doute que, depuis, il a continué ses voyages qui doivent avoir une si grande influence dans le inonde; et j'ignore, à présent, la suite de ses aventures. Peut-être le reverrons-nous un jour.

Tel fut le récit du roi de Thrace, de ce roi nouvellement investi de la puissance du sceptre, nouvellement éclairé sur le sens de l'énigme du Sphinx; vous comprendrez facilement, ô Évandre, à quel point ce récit agitait toutes mes pensées. £t Yoas, roi pasteur, je vois par l'attention que vous prêtez à mon discours que je puis continuer ces entretiens.

Vous ne devez point douter, poëte illustre, dit ÉTandre, du charme que j'éprouve à vous entendre. Ceux qui ont prétendu que votre lyre avait été brisée, sans doute, ont été trompés par des

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bruits mensongers. Maissoufifrez, Thamyris, que je vous témoigne mon étonnement. La religion , les langues, les plus augustes mystères vienn^it des barbares; c'est ainsi, du moins, que j'en ai toujours entendu raconter l'origine inscrutable; nous leur devons les expressions voilées, les mots qui ont un sens inconnu, les formules puissantes et irrésistibles j nous leur devons enfin tout ce qui annonce les communications de l'homme avec la Divinité, tout ce qui mérite le respect ou commande la terreur. Ma curiosité sur des sujets si importants est loin d'être satisfaite par tout ce que vous me dites de la Thrace.

Vous avez raison, irréprochable Evandre, reprend Thamy ris, de trouver insuffisantes les clu)- 8es qu OEagrius a consenti à me dévoiler. Toutefois, n'ayez point trop d'impatience; plus tard vous recevrez la lumière que vous desirez. Qu'il me suffise, quant à présent, de vous répéter que nul coin de terre ne fut jamais sans tradition , et qu'éveiller l'intelligence, c'est réveillai; la mémoire. D'ailleurs Orphée n'avait point vu les pyramides lorsqu'il institua la Thrace. Je vais donc continuer mon récit.

Pendant que j'étais chez Œagrius, un peujde voisin se jeta sur l|^s moissons, et les, ravagea; c était comme un peuple de bètes féroces. II dévorait encore la chair crue, et se nourrissait de

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