‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 102 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME. i5i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. i5i

armée d'un fer aigu. Une peau d ours couvrait ses ]ar{];es épaules, et en^oppait ses reins vig^omreux. Sa longue barbe descendait rudement sur sa poitrine velue, siège de la force ; sa chevelure terrible flottait au gré des vents ; ses yeux lançaient des éclairs, son sourcil faisait trembler. J'étais assis à ses côtés, et je tenais la lyre d'Orphée, Je n'étais point aveugle, je n'étais point cassé par la vieillesse, mon âge était celui d'une sève ardente et généreuse, et mes yeux, comme ceux de l'aigle, s'abreuvant avec joie des rayons du soleil, voyaient jusqu'au bout de l'horizon. De jeunes hommes, forts et nerveux, armés de javelots longs et durcis au feu, tenaient de leurs mains imployables les cornes recourbées des taureaux qui obéissaient avec révolte. Tantôt ils les piquaient de leurs javelots, pour les faire avancer; tantôt ils les saisissaient par leurs naseaux fumants, pour les cont^ir.

D'autres hommes étaient montés sur des chevaux sauvages, car les Centaures venaient de parvenir à dompter ce noble animal, qui, jusqu'alors, avait vécu libre au fond des forêts. Les cavaliers étaient en petit nombre, parceque l'art était mou» veau; et OEagrius, trop vieux pour l'apprendre, avait été obligé de se contenter du char grossier que je viens de décrire. Les cavaliers avaient des pî<^efr:brutes; leurs têtes n'étaient point-iproté-

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gées par des casques. Les armes défeasives n'étaient point connues, et ces j^uples ne songeaient qua donner la mort, sans soccuper du soin de ménager leur propre vie. Après cette petite troupe de cavaliers, marchait sans ordre la mulùtude des fantassins avec • d'énormes massues, de lourdes haches et les flèches légères , qui n avaient encore servi que pour percer les oiseaux dans les airs. Je . parvins cependant à régulariser les mouvements de cette troupe conftise , par les sons mesurés que je tirais, de ma lyre. Plus tard lliymne fraternel conduira aux combats meurtriers les différents peuples de la Grèce, et leur fera également affronter la fureur des flots.

La bataille innommée à laquelle j assistai en frémissant, et qui est restée inconnue aux Muses, cette bataille présentait quelque chose de fantastique et d'affreux. D'un côté, un peuple revêtu d armes à peine façonnées, agitant des espèces de flèches et de javelots ; de lautre côté, des hommes demi-nus, les épaules simplement couvertes de peaux de bétes, sans armes, lançant des blocs de rochers et des arbres déracinés. Je croyais voir wie apparition de ces géants farouches, dont la mémoire s est conservée dans les. traditions mythiques. La rencontre des deux armées fut comme la rencontre de deux phénpmènes épouvaniw^les, de deux trombes inanimées. Le désordre dbfr 10^

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