‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 103 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. i

ments vint ajouter à Fillusion terrible dun tel souvenir. La tempête parcourait Thorizon sur son char de feu. Mille tonnerres retentissaient au loin sur le Rlîodope et sur FHéraus. Des nuages noirs d'épouvante semblaient ramper le long de THébre. Mille fantômes sortaient des vallées silencieuses. Des voix couraient en gémissant; on ne savait si c'étaient les voix des dieux de la peur, ou celles des bêtes affamées. Les cris des barbares dominaient tous ces bruits effroyables. Jamais on ne vit un tel dédain de la vie. La vie, en effet, ne pouvait avoir rien que d'odieux pour des peuples sans avenir, sans es[)érance, sans lien social. Après la première mêlée, lorsque les Thraces eurent épuisé leurs flèches, ou brisé leurs lances et leurs javelots , et que le combat devint un combat corps à corps, l'infériorité se déclara pour le peuple qui apprenait à estimer la vie, car il n'y avait encore rien de généreux et d'élevé dans des hommes si nouvellement appelés à Tétat social. Le sentiment de l'amour de la patrie, le sentiment de la gloire, noble compensation du danger, ne seront développés que dans l'âge suivant. Dans Fâge suivant, pour la première fois, les poètes tresseront des couronnes immortelles, mais il faut auparavant que les hommes et les lieux aient des noms ; car, quelque doive être votre étonnement, sage Evandre, je ne puis vous le taire, Œagrius

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était encore le seul qui eût un nom , le seul dont le père eût un tombeau. Les Titans n'avaient laissé de noms que là où était marquée Fempreinte de leurs pas puissants.

Le roi barbare vit le désavantage de ses troupes. C'en est fiait, me dit-il, si nous ne parvenons à rendre le courage à nos Thraces, amollis déjà \yBLV de si rudes ébauches de société, amollis sans être domptés. Si nos brutes ennemis savaient ce qu'est la victoire, la victoire serait à eux, et la société naissante serait étouffée dans son grossier berceau. Heureusement pour nous, ils n'ont pas des yeux pour voir, des oreilles pour entendre. Cherchez, Thamyris, sur la lyre d'Orphée, les nombres qui raniment le courage des hommes; ce n'est pas le moment d'inspirer de pacifiques émotions. Faites triompher la force intelligente sur la force aveugle. Œagrius ignorait que même Hercule enfant ne peut être dévoré par des couleuvres; il ignorait que la victoire, qu'elle se fût trouvée du côté de la force intelligente ou du côté de }a force aveugle, toujours eût créé un peuple. Toutefois j'obéis au roi barbare. Ces sons merveilleux, quoique produits à l'insu de ma Èaiible science, opèrent un double prodige. Les Thraces prirent une attitude menaçante, en même temps que leurs ennemis sentaient un ascendant qui les dominait. Les éléments se calment, lobscurité

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