‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 104 sur 221 · LIVRE QUATRIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. i

immense se replie comme un voile, la lumière du soleil vient éclairer le triomphe-de la civilisation. Dès-lors le combat ne fut pas long à se décider. OEa^rius, réprimant la sauvage fureur de ses arimaspes , fit cesser le carnage. Il laissa les victimes échapper par une fuite en désordre. Il se contenta d'emmener quelques captifs, dont il protégea la vie avec mille peines. Il agissait ainsi par les conseils d'Orphée. Il soigna l'esprit grossier de ces captifs |X)ur leur faire comprendre un peu la dignité humaine. Je secondai les soins du vainqueur bienfaisant, à l'égard de mortels destinés à devenir des hommes. Ils virent travailler la terre, ils virent de touchantes funérailles, ils furent présents à de saints mariages. Ils reçurent une nourriture qui flattait leur goût. Ceux qui, par la suite, voulurent retourner au milieu des leurs, en eurent la liberté. Il leur fut recommandé, pour toute rançon, de raconter les prodiges et les bienfaits de la vie sociale. Il n'y avait point de pacte à faire, car le droit -des gens n'existait pas en fait, il reposait dans un sentiment confus de l'humanité. L'éducation providentielle des hordes indomptées commença par le retour des captifi). Ces peuples étonnés trouvèrent d'abord indigne de Thomme de ne pas tout attendre de la force. La nourriture, disaient-ils, ne nous manque point dans les forêts; les animaux finis-

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sent toujours par succomber sous nos bras. Ds ne sentaient pas que déjà c était un progrès que de contester les avantages d'une vie nouvelle. Du moins, leur répondait-on, acceptez les flèches, qui assurent la victoire sur les animaux. Ils commencèrent par recevoir les flèches; puis ils consentirent à dompter les taureaux, à labourer la terre, à foire des meules pour broyer le blé, à manger du pain rendu savoureux par le levain et la cuisson, à se servir encore du feu pour façonner les métaux, et pour préparer quelques uns de leurs aliments. Bientôt ces peuples, que nous appelions sauvages, par opposition avec les Thraces, ces peuples sans noms, et qui habitaient des lieux sans noms, se confondirent avec les Odrysiens eux-mêmes ; leurs montagnes , lenrs collines, leurs forêts, leurs rivières, et leurs fontaines, reçurent des noms, en même temps qu'ils reconnurent Dieu , sous divers noms. Les hommes aussi eurent chacun leur nom, pour se distinguer les uns des autres. Ce n'est qu'avec un nom que l'homme peut espérer de vivre dans la mémoÎM des hommes; ce n'est que par un nom qu'il peut avoir un père et des enfants : le nom du patron devient celui du client, qui brille d'un éclat emprunté; le nom du maître devient celui de Tesclave, qui est une chose et non une personne. Il fout des noms aux chants des poètes.

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