LIVRE QUATRIÈME. iS-j
Les Telchines avaient découvert le fer et lairain, qu'ils tiraient des entrailles de la terre. Les Cyclopes de Lemnos ne tardèrent pas de fournir des armes plus perfectionnées aux différents peH» pies de la Thrace, réunis sous les mêmes lois, soumis au même pouvoir. Dabord on Bavait connu que des glaives aigus, deft dards acérés; mais bientôt ils firent de fortes cuirasses, des casques brillants, de larges boucliers. Les arts de la guerre et les arts du labourage faisaient des progrès égaux , car tout marche en même temps; et le monde est civilisé également par lagriculture et par la guerre. Le commerce, à son tour, selon les promesses d'Orphée, contribuera aussi à étendre toutes les conquêtes de Fintelligence humaine; et Tindustrie achèvera de propager et de perfectionner les arts de la paix. Orphée, vous le savez, Évandre, monta le navire Argo : l'expédition de Calchos ouvrit un nouveau monde. Mais je ne vous entretiendrai point, roi pasteur, de cette expédition aventureuse, dont Jason fut le chef, et qui tient à un autre ordre de choses. D'ailleurs, plus d'un récit en est |>arvenu jusqu'à vous.
Maintenant, Evandre, je dois vous faire une remarque importante. D'après tout ce que je viens de vous dire , vous comprenez que, dans la Thrace, il n'y a point de ces hommes nommés héros par les peuples; et, vous le savez, ceux que nous appe-
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Ions héros sont ceux qiilci vous appelez opes ou viri. C'est ainsi , fils prudent de la tliyade, que les Grecs et les Latins n'emploient pas les mêmes mots ponr exprimer des choses semblables, et c'est ce qui doit faire quelquefois, pour vous, la confusion de mes discours. Orphée donc ne voulut point établir la distinction des âmes esclaves, des âmes hostés, des âmes opes. Quoiqu'il eût appris, sans doute, de Talaou, que, dans l'Inde, les classes et même les sexes sont séparés par la différence des langues, il donnait à tous le privilège de la nais^ sance, c'est-à-dire il établissait pour tous la sainteté des mariages. La guerre fait les esclaves; l'asile fait les serfs. Orphée n'établit point d'asile, et jamais il ne considéra la guerre que comme un moyen de civilisation. Il voulait que l'éclatante lumière de Phanès éclairât tous les hommes. Les noms qui désignaient quelques régions de Tâpre sol de la Thi*ace étaient des noms imposés par les Titans, durant leur régne cosmogonique ; les lieux qui n'avaient pas été foulés par les pieds des Titans étaient restés innommés. L'union conjugale donna un nom humain aux personnes et aux lieux. Par-tout ailleurs l'imposition des noms a commencé par les espaces du ciel, qui eurent des limites avant les contrées de la terre. Cette chorégraphie sacrée, qui unit la terreau ciel, manque également à la Thrace. Ainsi donc Orphée, qui