LIVRE QDAICRIÈME. iSg
n'avait point reçu de Talaon la glèbe, mais seulement la semence, ne put fixer la propriété sur une base immuable ; il ne put faire des Odrysiens un peuple-fundùs. Ainsi donc encore, il n'institua point la fête de la naissance, cette fête, qui est celle de l'ortiis, si célèbre parmi les nations latines, et qui suppose les classes, la propriété incommunicable, en faveur de quelques uns, le lit nuptial identique avec la propriété. Orphée ne croyait qu'à une seule essence humaine. Tout ceci, je le vois, excite en vous un étonnement profond; mais, je dois vous le dire, c'est la cause à laquelle on a attribué le peu de progrès des Odry siens dans la société; ils ne sortiront pas, dit-on, d'un état de demi-barbarie. Ils pourront avoir des villes, mais on croit qu'ils n'auront jamais de cités. L'outre de l'éternité leur manque. Ils ne connaissent point les rites du sulcùs primigeniùs. Sans ortùs, sans droit de famille, ils seront toujours hostiques, et leur religion sera une religion toute plébéienne. Enfin, ils n'ont pas passé par l'initiation de Saturne et de Rhéa ; ils sont arrivés, de suite, à celle de Bacchus et de Cérès. Le cruel Ares, redoutable arbitre des combats, celui que vous nommez Mars; telle est, telle sera la grande divinité des peuples divers de la Thrace; et leurs banquets seront encore de funestes images de la guerre. Mais leurs batailles ne
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seront plus un aveugle carnage, sans renommée, d'hommes sans noms, proie obscure de vils animaux.
Roi de la colline carrée, qui m'avez accueilli dans votre cour, vous connaissez maintenant les choses que j'avais à vous faire remarquer àur cette partie de mon récit. Sans doute , le peu de bien que j'ai pu faire en Tlirace, sur les pas d'Orphée, et avec le secours de sa lyre fatidique, a été cause que je ne vous ai point été complètement étranger, lorsque les dieux m'ont conduit devant vous. C'est aussi ce qui vous a fait croire que j'étais né dans la Thrace. Enfin, c'est la même raison encore pour laquelle j'ai pu être considéré comme un disciple d'Orphée lui-même. Ma naissance, au reste, est peu importante, et je ne suis rien par moi. Ma destinée est dans mon nom, qui signifie voix harmonieuse. Mes inspirations ne sont pas puisées au fond de ma pensée; les dieux ne m'ont pas accordé un don si magnifique, et je ne suis qu'un reflet de la lumière.
Musée vous en apprendrait davantage; Musée vous réciterait les chants d'Orphée; mais il ne subsiste de lui que son nom .
Evandre remerciait son hôte illustre des beaux récits dont il enrichissait sa mémoire; il lui demandait des explications nouvelles que Thamyris s'empressait de lui donner toutes les fois que sa