LIVRE QUATRIÈME. i6i
propre science n'était pas en défaut, car il n avait pas Tintention de rien celer au roi pasteur. C est pourquoi il crut devoir revenir sur une circonstance extraordinaire qui avait signalé la première bataille des Thraces, le j)euple de Mars. Evandre eût voulu savoir si la Vôluspa, qui s'éleva du milieu de cette bataille, et qui, pour ces nouveaux guerriers encore à l'état d'Arimaspes, fut comme une apparition fantastique, était ou une mimailone soudainement illuminée par l'inspiration de la lyre, et transformée, à l'instant même, en sibylle, ou l'une des suivantes de Bacchus, déjà, depuis long-temps , sortie des rangs des profanes ^ par quelque initiation antérieure, ou enfin si les Barbares avaient été trompés par une illusion. Œagrius n'avait pu dire plus qu'il n'avait dit, et Thamyris se trouvait dans la nécessité de ne donner aucune explication à ce sujet; seulement il priait Evandre de remarquer que la Providence, et non la sagesse humaine, préside aux commencements des peuples. Les Barbares, ajoutait-il, ont toujours quelque chose de sacré et d'obscur dans leurs traditions, dans les premiers événements de leur histoire, et d'ailleurs, soyez-en certain , les merveilles et les prodiges ne manquent jamais pour l'accomplissement d'un décret divin. Le poëte ne pouvait pas parler sans cesse d'Orphée; le roi l'interrogeait aussi sur Hercule, autre
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bienfaiteur du inonde. Hercule, répondait Thamyris , n'avait point reçu des dieux le pouvoir de façonner lliomme; il dut attaquer par la* force intelligente les forces non intelligentes delà nature, pour les rendre plus dociles à la volonté et aux travaux de celui qui était appelé à recueillir Théritage des Titans détrônés. Les serpents et les lions furent des jouets pour les robustes mains d'Hercule enfent. Il luttait corps à corps contre les fleuves, pour les obliger à répandre la fécondité et non les ravages sur leurs bords. Les cent têtes de l'hydre furent abattues par lui; c'est-àdire qu'il livra à la culture les marais de Lerne, d'oii s'échappaient des vapeurs pestilentielles, et que le laboureur n'aurait pu remuer sans mourir. Il vainquit Antée et les brigands. Vous apprendrez plus tard, par moi, sage Évandre, que l'homme est condamné à faire la terre où il veut habiter, à faire l'air et le climat. Ce Vélabre, roi modeste, marais stagnant qui baigne vos collines, sera de même un jour comblé; car, vous le savez, il en sort quelquefois de funestes émanations. Les troupeaux et les pasteurs périssent; et ce sol, si admirablement riche et beau, ne peut • être habité sans danger. Evandre , les dieux n'ont pas livré gratuitement la terre à son noble possesseur. Oui, c'est avec raison, excellent prince, que vous avez élevé des autels à Hercule, puis-