‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 113 sur 221 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

de Tinitiation évolutive, appliquée à ce peuple; il a voulu que Fémancipation fiit progressivement mûrie par une tutèle graduée. A présent, Évandre, vous savez pourquoi ïirésias, ami des hommes, eût si bien désiré connaître une législation ^)ontanée, égale pour tous, telle que fut celle d'Orphée.

Quant à moi, Évandre, de ce que Tirésias, savant dans la science d'évoquer les morts, était venu chercher Orphée en Thrace, je crus ne pas pouvoir douter qu'il ne fût encore sur la terre des vivants; et les paroles du citoyen d'Héliopolis, toutes incertaines qu'elles étaient, me décidèrent à aller en Egypte. Je formai le projet, si je n'y trouvais pas Orphée, de m'y instruire d'une autre manière, en tâchant d'obtenir les bienfaits de l'initiation. Il me semblait que tout ce qui m'arrivait en était comme une préparation.

Mais avant de vous faire connaître mon voyage dans les royaumes de la sagesse, je veux, ô roi pasteur, vous dire les malheurs d'Erigone, jeune et belle ménade, dont un amour sans égal causa la fin lamentable. Comme tout est symbolique dans l'existence des hommes signalés par les dieux, je ne puis m'abstenir de vous raconter une aventure qui, sans doute, contient un sens profond, sous un emblème de tristesse et de malheur.

Cette vierge, qui a reçu le nom d'Eriçone, occupée aux danses religieuses de Bacchus, courait quelquefois avec ses folâtres compagnes, la tète couronnée de pampres verts. Plus souvent on la voyait errer seule, le front chargé d'ennuis, les paupières doucement abaissées sur ses yeux immenses. Il était facile de connaître qu un feu secret la consumait. Souvent aussi elle apparaissait tout-à-coup, échevelée, le sein nu, le tyrse à la main, poussant de plaintives clameurs; de loin, sa chatoyante nébride , flottant sur ses belles épaules, la faisait ressembler à un faon effarouché qui fuit les chasseurs. Elle allait dans les forêts et sur les montagnes accuser l'implacable destinée. Ni les danses, ni les chants, ni les jeux des orgies sacrées, ne pouvaient tempérer le sentiment de ses maux. Qu'y a-t-il en moi, disait-elle, qui me reml rêveuse et insensée? Je me plonge en vain dans l'eau des torrents; en vain je fais couler sur moi l'onde glacée des fontaines. Je me livre à mille emportements; je fais retentir l'air de mes cris, je déclare mes pieds délicats en courant parmi les forêts les plus sauvages, et sur les âpres pointes des rochers. Puis soudainement je retombe affaissée sur moi-même. Nulle divinité ne viendra-t-elle à mon secours? Culte insensé es-tu fait pour une vierge? La vue des jeunes hommes alarmait sa farouche pudeur, et néanmoins elle

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