‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 117 sur 221 · LIVRE CINQUIÈME. i8i · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. i8i

femme qui voudrait se connaître. Le malheur m opprime, je succombe sous quelque maléfice, et tu sais des paroles harmonieuses dont le charme a le pouvoir de vaincre les maléfices. N'astu donc point de chants pour apaiser les souffrances de 1 ame? N'en as-tu point pour affermir la pudeur des vierges? Chante, chante les merveilles de Tamour! N'est-ce pas l'amour qui a tout créé dans le monde ?

Que me demandes -tu, ménade infortunée?

s'écriait Orphée dans un trouble inexprimable. Àh! les accents que tu exiges de moi, depuis long-temps sont endormis sur ma lyre. Je ne pourrais les réveiller sans des peines cruelles ; et d'ailleurs je ne suis pas le maître de choisir les modes de mes chants ; ma lyre est comme une puissance surnaturelle qui ne rend que des sons inspirés. Mais , crois-moi , c'est bien assez de céder a l'amour sans chercher à le développer dans les âmes. Voilà qui est parler comme parlerait Minerve elle*même, ou la chaste Diane, dit la ménade avec un sourire douloureusement railleur. Orphée, je vous croyais un poëte, et je ne vous savais pas tant de prudence. Je croyais aussi que vous étiez susceptible de compatir à toutes les misères. Eh bien! c'est le besoin d'aimer qui tourmente mon cœur. Oui, je veux aimer. Ne crois pas que ces hommes du chêne ou du rocher, ap^

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pelés par toi à des lumières si nouyelles, puissent me présenter Tépoux de mon choix. 11 me £aiut un dieu, ou un mortel que le génie égale aux dieux. Écoute, je ne serais pas la première fille de la terre que les dieux auraient jugée digne d'attirer leur attention. Je suis belle, et nulle nest plus belle que moi. Je sais des danses que les divinités elles-mêmes envieraient. Les Heures, lorsqu'elles voltigent autour du char du soleil, en répandaut des roses, nont pas plus de grâce et de légèreté. Tu ne m as pas vue jouant avec les tigres dételés de Bacchus ; ils frémissent sous ma main qui ne craint point de les caresser ; leurs yeux clignotants s allument, mais ils replient sous leurs pieds leurs griffes redoutables, et ils me suivent avec une merveilleuse docilité. Us obéissent à la cadence de mes pas, au son de ma voix, aux signes de ma main , à la puissance de mon regard. Je suis belle avec ma nébride tachetée de couleurs ondoyantes, avec mes cheveux flottants, avec mes attitudes suaves et variées, et agitant dans les airs un thyrse ^ orné de feuillage. Mais personne encore n a connu le fer acéré que déguisent les rameaux ver^ doyants de mon thyrse ; ma lance est restée innocente comme longle aigu de la panthère apprivoisée de Bacchus. Orphée, tu m apprendras les nobles et doux mystères de la lyre, et je ravirai ton ame par mes chants , après avoir fait le charme

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