‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 118 sur 221 · LIVRE CINQUIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. i

de tes yeux par ma présence. Si tu es égal aux dieux, fais-moi ton égale. Que ta gloire se repose sur moi, et qu'ensuite je meure! Nul être n'est seul sur la terre. Les animaux des forêts ont euxmêmes chacun une compagne. Et toi , Orphée, serais-tu hors de la loi commune? Ah! le tyran, que tu veux que j'évite, déjà me possède tout entière. Poëte divin, daigne, du moins, me redire les chants qui te furent inspirés }X)ur fléchir l'inexorable roi des morts. Jeune et belle ménade, dit Orphée, ton mal me cause une pitié profonde ; mais les chantsqui peuvent fléchir le roi des morts peuvent-ils de même fléchir le tyran qui est en toi? Érigone, élève ton ame vers les régions étoilées où réside l'éclatant Phan es, où habite la majesté des dieux. Élève ton ame vers les hautes régions de la beauté qui ne passe point. Tu me disais tout- ^llieure: N'est-ce pas l'amour qui a tout créé dans le monde? Ah! ménade infortunée, il faut bien que je te l'apprenne, chaque homme a reçu des dieux immortels des devoirs à accomplir; et ces devoirs, une fois connus, font entendre leurs voix impérieuses dans le fond des cœurs. Elles me disent à moi qu'il ne m'a pas été donné de créer par lamour, mais par la puissance de la parole. Elles me disent de civiliser les hommes, et non de régner sur le cœur des femmes. N'as-tu jamais goûté le miel qui se trouve dans le creux des vieux

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chênes? On dit que c'est un présent des dieux, et qu'il nous a été apporté du ciel avec la rosée du matin. Non, il nest point un présent immédiat des dieux, il ne nous vient pas du ciel comme la rosée du matin. Une mouche brillante et légère, douée d'un instinct parfait, le compose avec l'essence des fleurs. Symbole des cités futures, mais symbole ignoré, le peuple des abeilles est de deux sortes; les unes produisent une postérité, les autres, restées vierges, enrichissent et augmentent le trésor commun. La virginité est aussi quelquefois imposée aux hommes.

Erigone, rougissant d'une douce pudeur, laisse échapper quelques larmes ; puis elle dit d'une voix émue et tremblante: Oserai-je, poëte divin, te rappeler un souvenir? dis-moi, la renommée at-elle menti, lorsqu'elle nous a parlé d'une femme heureuse entre toutes les femmes? d'une femme.... Ah! reprit Orphée, ne t'accuse point de réveiller un souvenir cher et sacré ; ce souvenir n'est jamais absent de mon cœur. Mais apprends ceci, Érigone, nymphe dont le sort devrait tant exciter l'envie , si le bonheur et la gloire se mesuraient sur la beauté, apprends ceci. Eurydice ne me fut point donnée comme une épouse est donnée à son époux. Elle fut ma sœur et ma compagne mystique. Sitôt que notre pensée se fut permis d'envisager les plus augustes mystères de

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