‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 119 sur 221 · LIVRE CINQUIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. i

Tinitiatioii nuptiale, alors' elle me fut enlevée. Junon pronuba refusa de sourire dans le ciel. Jupiter ombri^s n avait, dans ses trésors, aucune ame à purifier par notre ministère. La dernière initiation , que nous avions osé désirer, l'initiation douce et redoutable, qui contient à-la-fois les promesses de la vie et les promesses de la mort , cette initiation ne put s'accomplir que dans la moitié funeste de ses promesses. Eh bien ! s'écrie Érigone, que cette moitié funeste s'accomplisse aussi en moi! Une telle gloire me suffit; qu'elle me soit accordée, et que la mort vienne enmite me frapper ! Pourrais-je d'ailleurs soutenir ie poids d'une si ^ande félicité ? Non , non, les facultés du l>onheur ont des bornes bien plus, étroites que les facultés de la douleur! Je mourrais donc, mais que je meure ton épouse! Orphée restait en silence. Ërigone était accablée par la multitude de ses pensées et de ses sentiments. Réponds-moi, Orphée, lui dit-elle , veux-tu que je sois ta sœur? Teux«tu cpie je sois ton épouse mystique? Veuxtu que je sois ton esclave obéissante, et que je te suive dans tes courses aventureuses, comme les tigses de Bacchus me suivent lorsque je les tiens en laisse ? Tu ne m'enseigneras d'autre science que celle de louer les dieux immortels, ou de tendre les cordes de ta lyre lorsque tu voudras chanter. Je me tiendrai, si tu le veux, en silence devant

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toi ; j obéirai au moindre sigpie de tes yeux. Pour toi, oui, je m en sentirai la force, pour toi, je ferai taire toutes les voix de la nature. Nul enfiaint ne s asseoira sur mes genoux, et ne m'enchantera de son innocent sourire. Que te faut-il de plus? Et cependant comment as-tu été instruit de ce qui s est passé dans les profondeurs où se cachent et Junon pronuba, et Jupiter ombribs, divinités qui me sont inconnues ? Ta pensée at-elle des ailes qui puissent le porter dans les sphères célestes?

Orphée, laissant tomber sur la ménade un triste regard, lui dit: Érigone, un effort qui fut audessus d'Eurydice, qui vainquit la fille de la vision, ne saurait être facile pour toi, pour toi faible mortelle, qui n'es point née dun Titan. Si un tel effort fut au-dessus d'Eurydice, reprend Érigone, sans doute, poëte cruel, ce fut parceque toi-même n étais pas insensible à l'égal d'un rocher. A quoi servent tant de détours? Je naî pu t'inspirer aucune pitié, tu méprises uneménada^ tu voudrais que je fusse vouée aux muses, que j'eusse été élevée dans leur noble culte. Poëte divin, pourquoi me punirais-tu du crime de ma mère?

Alors Orphée, s'inclinant sur la ménâde, et la contemplant avec une tendresse toute paternelle: Ma fille, lui dit-il, ne crois pas que je dédaigne

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