‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 120 sur 221 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

une ménade vouée au culte de Bromius, ne crois pa8 que je condamne ta mère pour y avoir consacré la belle nymphe dont je cause involontairement la peine. Mais , je te Fai dit, une seule femme a pu être à-la-fois et ma sœur vénérée, et mon épouse mystique. Cette femme fut, pour moi, la vision des dieux ; pour les autres, elle fut la guérison des maux. Elle est apparue sur la terré , àla-fois, pour éprouver et pour purifier. Elle a mis en moi des sentiments que les dieux voulaient sans doute qui y fussent. Elle a donné la vie à mes propres pensées. Quand j'ai été ce que je devais être, elle m'a été ravie : c'était tout ce qu'il lui était donné d'accomplir. Ah ! si tu m'étais apparue dans la tempête, comme elle m'est apparue pour la première fois, croirais-tu que tu eusses servi les dieux dans le même dessein. Quoi qu'il en soit, Érigone, toute l'inspiration est en moi; maintenant nulle créature humaine ne peut rien me révéler. Il faut que je vog^ue seul sur Tocéan du monde. Mon cœnr est un sanctuaire d'où le souvenir d'Eurydice ne doit plus sortir pour être remplacé par aucune affection qui puisse m'en distraire.

Érigone, à ces mots, verse un torrent de lar^ mes, et Orphée, ému d'une magnanime compassion, pleure avec la ménade infortunée. Puis, dune t^oix entrecoupée de sanglots, eHe dit : Oui,

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je t'ai compris, je sais ce que fut la fille de la vision; je sais que tu dois en conserver religieusement le souvenir. Laisse-moi dans ma solitude et dans ma misère. Mais tu ne seras pas remplacé non plus dans mon cœur. Non, Orphée, nul ne dormira sur la couche parfumée que je te destinais. Continue, poëte divin, de travailler à la pénible tâche que tu t'es imposée. Tu ne peux être arrêté dans ta carrière glorieuse par une pauvre ménade. Ah ! je m'accoutumerai à ma solitude; ton image pouiTa m'y suivre, puisque aucun obstacle terrestre ne sera entre nous. Une seule grâce, Orphée, fais-moi entendre les chants qui contiennent les leçons de la sagesse.

Alors Orphée, s'asseyant auprès de la ménade, entonna un hymne dont voici la grande et noble pensée : Intelligences humaines, non, vous ne seriez pas assez vastes pour concevoir toute la Divinité, pour la concevoir, même dans ce qui vous est accessible. Une image simple et unique accablerait l'imagination, éblouirait l'esprit, se déro-i^ beraitaux sens. Pendant un temps, les attributs de la divinité, séparés par la pensée humaine,- infirme, deviendront eux-mêmes des divinités que les mortels adoreront. Les attributs de Dieu seront des dieux , les noms des dieux seront encore des numéns. Orphée se mit ensuite à chanter les noms des dieux , les mille noms du grand Être, et.

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