‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 121 sur 221 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

à (ihacuD de ces noms, il invoquait la Providence éternelle. Poésie admirable, vos accents durèrent tant que dura le jour, et vous apaisâtes tous les tumultes de lame. Le poëte et la ménade se retirèrent ensemble. Le soleil venait de disparaître derrière Thorizon; les parfums. et le crépuscule du soir formaient une heure délicieuse. Us s'entretenaient en marchant, et leurs entretiens n'avaient rien de pénible ni de contraint.

Les jours qui suivirent s'écoulèrent paisiblement. Enseigne-moi, disait Érigone, enseigoemoilart de tirer des sons de la lyre, afin qùaprèston départ, poëte divin, je puisse chercher un adoucissement à mes maux, une distraction à ton absence.

Orphée indécis ne sait s'il doit obtempérer à ce désir peut-être imprudent; toutefois, craignant de paraître trop sévère, il se décide à essayer ce que pourra la communication de la grande doctrine contenue dans la musique. Il place donc ^la lyre civilisatrice sur les genoux de la belle mé* nade, et dispose toute lattitude de le vierge infortunée avec un soin généreux et paterneL II lui enseigne comment ses deux mains doivent être occupées en même temps, lune à presser molle» ment les cordes tendues pendant que. Fautre. en détacherait les sons. Il lui apprit la mesure et Fintervalle de chaque son, et la manière dont il

igo ORPHÉE.

devait se marier avec la voix. Érigone, tout à-lafbis docile et impatiente, arrondissant ses bras charmants avec une grâce infinie, semblait caresser Tinstrument harmonieux: elle commença par en tirer des sons isolés, puis quelques accords timides qui la ravissaient d'une joie naïve. Mais lorsque ses doigts légers vinrent à vouloir faire vibrer celles des cordes qui disent les lois de la société, aussitôt elles se brisèrent avec un bruit éclatant. Dieux ! s'écria Érigone épouvantée comme du plus sinistre présage, quel prodige affreux! Ah ! je le sais trop à présent, poëte généreux, c'était pour tromper mes désirs présomptueux que tu m appelais nymphe ; mais je suis une simple mimallone, que ma nature profane exclut de tonte initiation. La Parque se hâte bien de me punir d'un effort sans doute téméraire : destin inflexible, à quoi me réserves-tu?

A ces mots son front se couvre d'une pâleur mortelle , et ses yeux laissent échapper des larmes abondantes. Orphée ne tarde pas à com-, prendre la cause d'un tel malheur. Ne te trouble point, Érigone, s'écrie-t-il à l'instant même; la faute en est à moi , j'ai manqué de prudence. J'aurais dû ôter auparavant ces deux cordes^ qui n'étaient point faites pour être interrogées par toi. Il m'était imposé, nymphe chaj>mante , de savoir ce qu'il t'était permis d'ignorer ;

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