‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 122 sur 221 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

il m'était iin{X)sé de savoir que tu es privée de la ca[)acité du bien et du mal, faculté puissante, barrière, bélas! insurmontable, qui nous tient séparés Tun de lautre. Tant que tes doig^ts n'ont touché quaux cordes mélodieuses de la prière, la lyre nWait rien à te refuser; mais sitôt qulls ont voulu ébranler les consonnances sociales, Finstrument fatidique a poussé un cri qui nous a avertis tous les deux de notre imprudence. Êrigone, continue avec confiance tes essais sur les cordes qui restent, et qui doivent te suffire. La ménade confuse et profondément afïli{][ée , écoutait à peine ces paroles compatissantes. Elle se sentait comme repoussée à jamais de la haute sphère où elle aurait voulu s'élever avec le poëte divin. Elle vient de recevoir une atteinte mortelle. Cependant elle put reprendre quelque calme; et, se soumettant à sa triste destinée, elle consentit à vaincre sa trop juste douleur. Alors Orphée se mit à lui enseigner les sous religieux qui portent lame à la mélancolie, tristesse indine mais non désolée, et qui la font s'élancer daas un autre avenir. Oui, disait-elle, voici les sons qui , sans doute, réjouissent les ombres heureuses; Orphée, lorsque tu ne seras plus parttii nous, lorsque je serai exilée de ta présence comme d^a je le suis de tes facultés éminentes^ je ne serai qu'une ombre, mais je serai une ombre

heoreuse. Érigone, docile aux leçons de son maî^ tre , et qui avait formé le généreux dessein d apprendre au moins ce qu'il lui était donné da|>prendre, parvint bientôt à connattre les notes harmonieuses et solennelles de la piété envers les dieux. Orphée crut la ménade guérie, elle-même le croyait-, dans leur subhme innocence, ils ignoraient le pouvoir invincible de lamour, de Tamour qui se plaît à franchir toutes les sortes de hiérarchies, qui finira par confondre les ordres et les classes.

Orphée ne pouvait plus prolonger son séjour dans la Thrace. Il se devait à d autres travaux. Il ne réunit plus que deux fois la foule des peuples. Erigpne allait chercher les jeunes ménades ses compagnes, et les amenait pour leur foire entendre les chants d'Orphée. Ce troupeau de mille couleurs variées, ressemblait à ces troupeaux de tigres et de panthères qui accompagnent Bacchus dans ses courses bienfoisantes, dans ses brillanties excursions, dans ses conquêtes civilisatrices. Le sentiment du bien et du beau pénétra dans la plu* part des ménades. Les cordes brisées et rétablies delà lyre, consonnantes aux autres cordes, enseignaientla dignité humaine, fondée sur la conviction dune essence unique. Toutefois de t^ prodiges ne pouvaient être opérés que par la main inspirée du poëte lui-même.

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