‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 133 sur 221 · LIVRE SIXIÈME. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. 2i

Cette civilisation savante'et parfaite, mais fixe et uniforme, que j'avais sous les yeux, me faisait apprécier bien mieux tous les charmes de ces civilisations ébauchées, mais diverses et progressives, qui promettaient une si grande variété de mœurs et de coutumes, plus ou moins sévères, plus ou moins riantes. Je me trouvais dans nn monde ancien où tout était dit, et j'aurais préféré un monde nouveau où tout eût été à dire. En un mot, Evandre, je craignais que, dans les sociétés vieillies, la science ne remplaçât les grandes et profondes sympathies qui forment le lien si puissant et si doux des sociétés naissantes.

La vie, en Egypte, ne semble s'appuyer sur rien; aussi les hommes y cherchent-ils à donner de la durée à la mort. Toutes les différentes époques de l'existence humaine, comme une suite de vies et de morts qui naissent les unes des autres, sont célébrées avec des cérémonies funèbres.

Ainsi l'homme ne parvient à sa dernière mort que par une suite de trépas successifs; et cette dernière mort n'est, à son tour, que le passage à une autre vie. Ainsi encore, à mesure qu'il entre dans un âge nouveau , l'homme prend le deuil de l'âge précédent; il est donc successivement en deuil de sa propre existence, de son existence mobile et changeante, comme enfant, lorsqu^il devient jeune homme; comme jeune homme. Ion-

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qu'il devient homme fait; comme vieillard, lorsqu'il entre dans la décrépitude. Le vêtement assigné à chaque âge est déposé dans une sorte de tombeau, image de celui oh sera déposé un jour le corps lui-même, dernier vêtement de lliomme, que l'on conservera avec un soin infini : ainsi donc enfin, on ne donne de la réalité qu a la mort; tout est provisoire jusque-là, et Ton ne manque jamais de faire assister le spectre de la mort à tous les repas. Mais lorsque l'homme n'est plus, non seulement on honore, comme par-tout ailleurs, sa cendre; non seulement on prend soin d'embaumer ses restes; bien plus, on lui construit une demeure stable à laquelle on s'efforce d'assurer une durée éternelle. On dirait que c'est la crainte de la mort qui a produit le sentiment de l'immortalité; toutefois on se tromperait étrangement si l'on croyait que l'Egyptien veut uniquement soustraire son corps et ses ouvrages à la destruction; ce qu'il veut sur-tout, c'est fixer la mort même, la fixer comme l'emblème et le gage de l'immortalité.

La pensée n'abandonne point l'homme dans son tombeau , lorsque son corps a subi toutes les préparations pieuses de l'embaumement, qui doivent lui assurer la durée des siècles. Cette pensée continue de le suivre dans sa destinée future; elle accompagne l'ame voyageuse, au sortir de ce

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