LIVRE SIXIÈME
est sûr de lui , et Ton ne peut en être sûr que de cette manière ; car c'est lui qui a fait sa doctrine et sa science. Trois maximes sont le fondement de Tinitiation; et ces maximes, je les connaissais avant de me présenter. Les voici : Nul n'est digne de la vérité, s'il ne la découvre pas lui-même. Nul ne peut parvenir à la vérité, s'il ne parvient à la découvrir lui-même. Enfin, nul n'est en état de comprendre la vérité, s'il n'a pas été en état d'y parvenir de lui-même. Dieu a tout fait en donnant le langage à l'homme: c'est la grande et universelle révélation du genre humain. Les prêtres de l'Egypte n'enseignent donc rien, parcequ'ils croient que tout est dans l'homme; ils ne font qu'écarter les obstacles. Ils vont plus loin, les adeptes qui ne peuvent pas entr(er par leur propre impulsion dans la sphère d'idées et de sentiments où l'on veut les introduire sont renvoyés comme des profanes. Les dépositaires de la sagesse croient que la vérité est une chose dangereuse pour l'homme qui ne la trouve pas en soi. Il la saisirait mal, il n'en verrait qu'un côté, il en ferait un usage mauvais, il la prostituerait à sa vanité, il l'altérerait, et, ainsi altérée, il la répandrait sans choix et sans discernement.
Au reste, il y a plusieurs chemins pour parvenir à la vérité. L'Être éternel se révèle de la manière qui lui convient à lui, et, sans doute aussi,
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de la manière qui convient à chacun; mais c'est ^ toujours dans Fintimité de la conscience. L'un est éclairé par les lumières d une haute raison ; Fautre est instruit par un tact exquis du sentiment. L'enthousiasme de la poésie emporte les uns sur des ailes de feu, dans les régions où habite la vérité; les autres trouvent mille secrets dans les profondeurs d'une tranquille méditation. Mais ensuite, et remarquez bien ceci , une question résolue de deux manières différentes peut quelquefois être bien résolue et dans la justice et dans la vérité; car la morale a aussi ses mystères. Voilà, fils de la Thyade, tout ce que je soupçonnais des doctrines de FÉfjypte ; et vous devez comprendre qu'il ne m'était pas permis d'avoir assez de confiance en moi pour être rassuré. Instruit d'avance que la misère de la condition humaine exclut tout principe absolu, je savais bien que je ne pouvais dcv mander aux prêtres de l'Egypte la loi générale, universelle de l'être intelligent et moral. Mes irrésolutions et mes craintes n'étaient que trop fondées.
Je me détermine cependant. Je vais frapper à la porte du temple. On m'ouvre.
Que deman dez-vous ?
A connaître la vérité.
Qui êtes- vous?
Je suis un Scythe qui passe pour être né