LIVRE SIXIÈME
dans la Thrace, et je cherche par-tout Orphée,
Êtes- vous poëte, prince, ou législateur?
Les muses ont daigné m'inspirer.
Comment TOUS nommez-vous?
J'ignore le nom que j ai reçu de mes parents, les peuples m appellent Thamyris.
Votre renommée, Thamyris, est parvenue jus* qu'à nous, mais sans éclat. Croyez- vous donc que Feutrée de ce temple soit accessible à tous? Et qui nous dira que vous êtes digne de connaître la yérité, ou même une partie de la vérité?
Je ne refuse pas les épreuves.
Qu'importent les épreuves? O homme! si la vé* rite n'habite pas déjà dans ton cœur, qui pourrait l'y placer? La vérité n'est pas une chose étrangère et hors de nous. Elle a sa demeure dans le cœur de l'homme, et non point dans les grandes pyramides bâties par la main des hommes.
Je sais que la vérité est dans le cœur de Thom^ me; mais souvent eMe y est environnée de ténèbres, et nul n'a plus besoin que moi du flambeau des sages, pour dissiper ces ténèbres.
Eh bien! retire-toi, pour te préparer, par une retraite volontaire, à la faveur d'entrer dans le sanctuaire d'Isis. Pendant quarante jours, tu méditeras seul sur les choses qu'il importe à l'homme de connaître. Ensuite tu viendras demander les épreuves.
Ce délai, dont j'ig^Dorais le motif, était destiné à ce genre d'épreuves qu'on appelle l'initiation extérieure. Le futur néophyte reste quarante jours surveillé, sans qu'il puisse s'en douter. On va jusqu'à lui tendre des pièges pour s'assurer de ses mœurs, de sa prudence; pour connaître l'usage qu'il fera de sa liberté. N'allez pas dire, Évandre, que de tels moyens ne peuvent réussir à l'égard d'un homme déjà prévenu, et qui doit être sur la réserve. Ah! s'il n'est contenu que par cette sorte de méfiance sur tout ce qui l'entoure, il ne tardera pas de succomber. Il y a tant de faiblesse et tant de misère dans l'homme, qu'il ne faut pas une grande science de séduction pour l'entraîner à mal user de sa liberté. Et, croyez-moi, il n'y a point de piège grossier. Les prêtres de l'Egypte , au reste, imitent en cela, ou se croient autorisés à imiter les grandes voies de la Providence à l'é-^ gard du genre humain , qui , en effet, est sogmis à des épreuves, et qui ne l'ignore point. L'homme accomplit le mal, souvent, hélas! sans aucune utilité même passagère ; souvent la vertu n'a pas besoin de remords pour être vengée. Et le remords lui - même n'est-il pas un témoin qui dépose que nous sommes libres ? Je dois ajouter, non pour la justification des prêtres de l'Egypte, maïs pour faire comprendre leur conduite, je dois expliquer que , comme ils n'ont pas à leur dispo-