LIVRE SIXIÈME
et j'étais, en quelque sorte, décidé à ne point me présenter devant les prêtres des saints mystères. Mais le sentiment de honte qui me tourmentait avait été facilement aperçu, et Ton avait connu ce qui se passait en moi. Un Ég^yptien vient m engager à retourner dans le temple. Je lui dis que je navais rien fait de ce qui m avait été prescrit, et que je n'oserais paraître en présence des prêtres iBiugustes. C'est bien, me répondit-il^ toutefois votre ame est dans le trouble. Vous êtes mécontent de vous, et votre affaissement vous pèse; un tel état est meilleur que vous ne croyez. Allez du moins demander des conseils et des consolations.
Je retournai donc au temple, mais plein de confusion. Je heurte à la porte.
Que demandez-vous?
A me réconcilier avec la sagesse.
Entrez dans le vestibule.
J'entre en tremblant.
Écoutez, Thamyris, vous n'avez été si faible que parceque vous avez trop présumé de vos forces. Vous avez été déçu; vous aviez cru, dans votre orgueilleuse présomption, que tous les obstacles allaient s'abaisser devant vos simples désirs, que vos ennemis n'oseraient se mesurer avec vous, et vous ne vous êtes point armé pour le combat. Toujours la victoire s'achète , et quelqliefbis c'est
à de hauts prix, puisque souvent cest au prix du repos, du bonheur, de la vie. Ce nest pas tout: les dieux immortels aiment à humilier les supeiv bes. Nous portons tous au-devant de nous une juste Némésis. Mais vous vous repentez, et vous méritez la réconciliation.
Vous ne m avez pas reçu avant que j eusse succombé, et vous me recevez à présent. Vous aveft voulu savoir si j'étais fort, et je vous ai appris qué^ j'étais faible. Vous m'avez prescrit de méditer, et . j ai vécu dans la dissipation. Qu auriez-vous donc fait pour moi, si je n'eusse pas été faible, et si j eusse été exact à chercher au fond de mon cœur les enseignements qu'il m'avait été ordonné dy chercher ?
Qui t'a donné le droit d'interroger les prêtres des saints mystères? Nous donnons gratuitement, quand, et à qui nous voulons. Et, pour te le prouver, pous allons t'enseigner plusieurs grands secrets: un , pour faire de l'or j un, pour prolonger la vie ; un, pour exalter l'imagination, et lui faire produire des choses qui excitent l'admiration des hommes.
Le secret de faire de lor, répondi&-je, c'est de vivre exempt de besoins; celui de prolonger la vie, c est de bien employer le temps qui nous est accordé par les dieux immortels; celui d'exciter l'admiration des hommes, c'est de leur donner de bons exemples.