‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 139 sur 221 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Gomment! tu n es pas tenté, au moins, d avoir le moyen d'être plus utile aux hommes? avec de For, tu pourrais venir au secours de l'indigence, élever des monuments qui feraient la gloire de ta patrie , ou exécuter des travaux qui ajouteraient à sa prospérité.

Orphée a su faire du bien aux hommes, sans le secret de faire de l'or.

' Tu pourrais attendre avant de te comparer à Orphée.

Je Favoue, mais en refusant tout, j'accepte tout; car je sais que c'est un moyen d'obtenir.

Parles-tu ainsi pour te jouer des saints mystères ?

Non , je me plains de ce que vous m'éprouvez comme un enfant. Ai-je donc fait naître en vous un si grand mépris? Sans doute, les secrets que vous m'offrez sont la vaine pâture de ceux que vous destinez à rester dans le vestibule du temple.

Le prêtre sourit d'un sourire de pitié, qui me rappela aussitôt l'initiation extérieure , et je sentis une vive rougeur couvrir mon visage.

Tu peux te retirer, dit le prêtre; l'orgueil et la curiosité t'ont conduit ici. Tu es sans force et sans docilité, ce qui est la pire condition.

Je ne puis pas promettre d'être fort, mais je serai docile.

Alors, attends un instant.

voi. II. * 29

J attendis, et Ion me fit entrer dans une salle tendue de noir, éclairée par une lampe sépuU craie. Une musique lugubre prolonge ses tristes aiîcents sous cette voûte funèbre. Un jeune hom-^ me nu est attaché sur une table de fer. Le prêtre s'arme d'un poignard; il m en donne un, que je saisis en frémissant. Une sueur froide glace mon front. Le prêtre dédaigna mon effroi.

Suis tous mes mouvements. Nous allons immo-A 1er cette victime , car ce n'est que par un tel Ken que nous pouvons être sûrs de toi. Nous frapperons ensemble.

Je ne veux point tuer l'innocent, et je v«s que toi-même tu ne le veux pas.

Ne parle point de moi ; dis seulement que tu ne veux pas. Qui ta appris, au reste, que cet homme fût innocent? Sais-tu sll n'a point trahi les saints mystères ? Sai$-tu s'il ne s'est point rendu coupable de quelque grand crime contre la morale? contre la majesté des dieux immortels? de ces crimes pour lesquels la justice des hommes est insu^ lisante, et que les dieux quelquefois veulent punir sur la terre? Sais-tu même si, victime volontaire, il n'a pas désiré hâter, pour lui , le moment des grandes révélations, celles que l'on ne peut obtenir qu'au prix de la vie? D'ailleurs, n'as-tu pas promis tout-à-l'heure, et de toi-même, d'être docile?

Eh bien ! donnez-moi le poignard.

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