‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 140 sur 221 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Homme faible et pusillanime, dit le prêtre, crois-tu que je veuille abuser de ta promesse téméraire? La docilité n affranchit pas de la conyiction. Lobéissance suppose toujours lassentiment de la volonté. Je pourrais te dire plus. As-tu mérité que je me dévoue jusqoÀ contracter avec toi lalliance terrible du sang? Ainsi, je saurai bien tuer la victime sans toi, ou la laisser vivre sans que ta lui fasses grâce.

A ces mots, il lève le poignard pour frapper; et, au même instant, la lampe s'éteint et je suis entraîné hors de cette salle mystérieuse. Nul gémissement, nul cri ne s est fait entendre.

Le même prêtre qui m avait reçu, qui m avait conduit près de la victime, et qui peut-être venait de la frapper, s approche de moi, d'un air parfaitement calme, et me dit qtie je puis me retirer.

Je sors du temple. C'était llieure de la chute du jour.

J'errais sans savoir où j'allais. Je rencontrais des gens qui se disaient, en voyant mon air interdit et épouvanté: Celui-là, c'est sans doute un adepte qui n'a pas eu la force de résister aux épreuves. On ne l'a pas renvoyé sans lui recommander de surveiller sa langue.

Je me trouvais donc encore jeté au milieu de la foule des hommes. Tout me paraissait inexplicable dans la conduite que l'on tenait à mon

égard. Je comprenais sans peine en quoi j^avais mérité quelque rigueur, mais je ne pensais pas que Ton pût à tel point exiger Tabnégation de toute volonté, ou plutôt exiger que lobéissance et la volonté fussent une même chose. Je me voyais exclu du temple, je ne doutais pas que ce ne fut pour toujours; et, mes idées ayant pris une direction in vincible , qu'il n'était plus en moi de changer, je ne savais comment je pourrais parvenir à renouer le fil de ma vie. Tavais déjà comme le sentiment de Texil ; le séjour de la science et de la vérité devait seul désormais être ma patrie.

Je passai ainsi plusieurs jours dans une cruelle perplexité. Une nuit, que j'étais seul dans mon appartement à réfléchir sur ma destinée, j'entends frapper à ma porte. J'ouvre ; on me présente des signes, que je reconnais. Alors je suis, sans hésiter, les messagers silencieux qui me sont envoyés. Je ne manifestai aucune crainte, quoique, dans la confusion de mes pensées, il me fût permis peutêtre de prévoir que j'avais trop encouru l'animadversion des prêtres. On me conduit au temple dlsis.

Je suis introduit dans une salle immense qu'une faible lueur visitait à peine, et seulement pour montrer toute l'étendue du lieu d'.épouvante ou j'avais été entraîné. Lorsque mes yeux furent accoutumés à cette obscurité redoutable, ils aper-

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