‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 145 sur 221 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

immortels sont justes; et ils n auraient pas infligé le redoutable châtiment de la mort, si ce châtiment n eût été fondé sur la justice, si cette épreuve n'eût été utile à notre purification. La mort n'est donc point, comme on le croit, le simple résultat d'une loi nécessaire, la dure loi de la succession des êtres. Et cette loi elle-même de la succession des êtres, loi cosmogonique et non fatale, pourrait-elle être autre chose qu'une loi d'amour? Non, la nature intelligente n'est point livrée à un impitoyable destin; elle n'est point livrée aux aveugles combinaisons des éléments; elle n'est point une forme passagère, successive, plus ou moins éclatante , plus ou moins douloureuse de la matière ; les dieux ont trop de respect pour elle. La vie est une épreuve. Le bonheur et le malheur sont des épreuves. L'opprobre qui suit quelquefois le malheur est une épreuve de plus. La dégradation morale qui, trop souvent, s^attache au malheur, même au malheur non mérité, est encore une épreuve. Les facultés difFéren tes, la privation des facultés, le crime enfin, le remords qui suit le crime, tout est épreuve. Le mystère profond, auguste, impénétrable de l'attribution et de l'imputabilité est un secret que Dieu s'est réservé. La mort est une initiation à laquelle tous les hommes sont appelés. Voilà pourquoi, dans les saints mystères, il faut que Finitié meure

à lui-même. Mon fils , dans la langue sacrée, initiation veut dire mort.

Je ne t ai parlé que de la destinée des hommes en général, ceux que Ion nomme bons, comme ceux que Ton nomme méchants; un autre jour on t'apprendra la destinée particulière des méchants; mais, dès aujourd'hui, sois certain qu^il ne faut point en désespérer, ni la mépriser. Nulle barrière n'est insurmontable; la doctrine vaste et consolante des épreuves établit des crades progressifs, et non des classes immobiles. Tu sauras l'unité de lespéce humaine, grand et magnifique problème qu'Orphée vint nous proposer, et que des traditions inaltérées peuvent seules résoudre. Tu comprendras alors que tous sont appelés à se rendre dignes d'un glorieux époptisme.

Nous ne te ferons point subir les épreuves de l'eau, de l'air, et du feu; tu n'es ])as marqué pour défricher la terre, ou |)our dompter des monstres. Nous ne lèverons point devant tes yeux le rideau des sciences secrètes; tu n'es pas appelé à être théocrate parmi les peuples. Nous ne te ferons point voyager dans le Tartare et dans l'Elysée; tu n'es revêtu d'aucun sacerdoce.

Toutefois, il ne faut pas que tu ignores la pensée fondamentale de toute société.

Ecoute. Le prêtre, c'est l'homme même.

Le {K>ëte, cest l'homme sympathique.

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