LIVRE SEPTIÈME. a
commencer. Malheur aux princes qui méconnaîtraient la nature même de Fliomme, qui seraient sans sympathie pour ses destinées successives; il ne leur sera pas donné d'assister à la mort mystique du phénix. Ils ne verront point sa résurrection glorieuse, ils ne pourront plus régner sur les peuples. Malheur aux hommes trop curieux, ou trop impatients de l'avenir, qui violeront l'entrée du bocage sacré, qui voudront voir ce qui ne leur est pas permis de voirj ce grand acte de la mort et de la résurrection ne pourra s'accomplir dans le silence auguste et religieux dont il doit être accompagné. La vie de l'oiseau palingénésique s'éteint alors dans de cruels tourments; au lieu d'être consumé par un rayon pur du soleil, son bûcher sans parfums est embrasé par un feu tout matériel ; et des cendres stériles sont tout ce qui reste du phénix.
Ne vas pas t'étonner, Thamyris, de ce que nos emblèmes ont un sens si étendu; ils doivent être une image imparfaite sans doute, mais une image vraie de la fécondité de la pensée divine. Une seule loi régit la vie de l'homme, la vie des sociétés humaines, si semblable à celle de l'homme; elle régit encore la terre que nous habitons, les corps célestes qui nous environnent, et elle s'étend jusqu'aux dernières limites de l'univers.
Après que cette histoire du phénix eut été ra-
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contée, les entretiens se prolongèrent encore longtemps. Un des prêtres me dit: Néophite, toi que la renommée met au nombre des plus habiles musiciens, sais-tu Forigine et la source de toute poésie? Sais-tu dans quelle région, dans quelle sphère a été allumé, dès le commencement de la race humaine, ce foyer qui échauffe, ce flambeau qui éclaire, cette lumière éternelle et inextinguible, qui se nourrit de son impérissable substance, qui produit et propage l'inspiration, quelquefois feu obscur, toujours vivant, quelquefois flamme brillante, toujours active, que les générations, en se succédant, se transmettent, les unes aux autres, sans Fépuiser ?
J'avouai que je n'avais pas élevé mes pensées si haut. Je suis musicien, il est vrai, répondis-je, et j'ai vu les peuples attentifs aux accents de ma voix, aux sons de ma lyre. Mais je suis sans aucune science. Je chante ce que j'ai ouï chanter, je redis ce que j'ai entendu dire. Ma parole est l'écho d'une parole dont j'ignore le mystère et le secret.
C'est bien, reprend le prêtre; ta seule science, c'est l'ouïe. Tu n'es pas, comme nous, accoutumé à cette autre sorte de parole extérieure qui se communique par la vue, sans réveiller l'idée du son articulé. Nos caractères hiérographiques sont doués d'une telle énergie, qu'ils arrivent à produire des langues douées elles-mêmes d'un pouvoir