LIVRE SEPTIÈME
maine, l'exercice de nouvelles facultés. Ainsi donc Prométhée aurait été puni pour avoir ôté à Thomme son bonheur et son innocence! Le vautour du Caucase serait le symbole des tourments sans cesse renaissants, qui vont dévorer à jamais le cœur de rhomme perfectionné et entré dans les voies de la science! Le chant lugubre des anciennes douleurs serait une peinture de l'origine du bien et du mal, peinture à jamais lamentable!
Eh quoi ! le Maître suprême des destinées est changé en un tyran impitoyable, qui veut fixer la race humaine dans labrutissement! Le don de l'intelligence est un don sacrilège! Tout sillon tracé sur la terre est une impiété ! Les villes populeuses sont une immense infraction à la loi de l'être, qui est une loi de stupide immobilité! Les cités religieuses sont une infraction plus punissable encore! Mais Fhomme se disputera la terre inculte comme il se serait disputé la terre fécondée par ses sueurs ! Il se battra pour un abri dans une grotte, aussi bien que pour un empire! Il n'y aura de moins que l'intelligence!
Évandre, je vous fais passer par toutes mes in^ certitudes, par toutes mes anxiétés; car il faut bien que vous participiez au trouble de l'épreuve qui m'était infligée. Je ne veux cependant pas, roi pasteur, torturer votre ame jusqu'au bout, la livrer aux doutes outrageants pour la Providence,
274 ORPHÉE, que faisait naître en moi le récit du prêtre. Je dois plus de ménagement à vos modestes vertus quil n'en fut accordé à mes présomptueuses ignorances. Je me hâte donc, pour guider votre esprit, de vous rappeler les travaux qui furent imposés au grand Hercule par Eurysthée. Dieu ne refuse rien à l'homme j Dieu a voulu, dès le commencement, que l'homme méritât tout
Ici l'intelligence de Thamyris s'obscurcit, sa langue hésite, il sent un voile de plus, car il ignore les dogmes identiques de la déchéance et de la réhabilitation.
Cependant il se rassure, et il continue en ces mots :
Le poëme mythique est divisé en trois parties. La première présente Prométhée, issu de la race des Titans, plein de force et de sagesse, habitant des lieux enchantés, et concevant, comme depuis l'a conçu Orphée, un grand désir de perfectionner la race humaine, mais il avait plus de puissance qu'Orphée. Orphée est de la race mortelle; c'est à ses semblables qu'il veut faire du bien. Prométhée, par son origine, touche à la nature divine; par ses facultés et ses affections, il touche à la nature humaine. Et ce mélange incomplet des deux natures commence le tourment qui, plus tard, deviendra sensible par le vautour du Caucase. Mais si Prométhée n'avait pas ravi le feu du