‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 165 sur 221 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

céleste séjour, Orphée, à son tour, n aurait pas pu prendre en pitié les destinées obscures de rhomme vivant des fruits que la terre produit sans culture! Il fallait donc que Prométhée ouvrît les }X)rtes de rintelHgence à ceux des hommes qui voudraient, par la suite, être les bienfaiteurs de leurs semblables. Va donc. Titan glorieux, nous conquérir la science! Le bonheur ne sera ni pour toi ni pour nous !

Vous devinez, Évandre, pourquoi Prométhée est dit avoir façonné Thomme avec une argile grossière. Les Thraces , dont je vous ai raconté les combats sans renommée, vous le savez dès à présent, ne sont pas nés du chêne. Enfin si Promé-*tliée appartint à deux natures distinctes, mais analogues, tout porte à croire qu'Orphée aussi appartint à deux natures, mais à deux natures humaines, égales et identiques par leur essence.

L'intelligence de Thamyris s'obscurcit de nouveau ; le même mystère inconnu vient le troubler, pour la seconde fois.

Évandre attend, non sans quelque inquiétude; sa curiosité sera loin d'être satisfaite.

Les prêtres d'Isis avaient-ils voulu mettre uû sceau à une vérité incommuniquable, ou le sceau existait-il pour eux-mêmes?

Malgré toute son anxiété, Thamyris se décide à reprendre, en ces mots, la suite de son récit:

Dans la seconde [)artie du poëme mythique, Prométhée, s'élancant sur le sommet des monta- {][nes, allume son flambeau créateur au char du soleil y et apporte le feu aux hommes. Cette grande conquête, principe de toutes choses, qui seule met une barrière entre nous et les animaux, est célébrée avec enthousiasme par le chantre cosraogonique. Mais on découvre dans l'enivrement de sa poésie quelque chose de funeste et de douloureux. Il peint les métaux façonnés d'abord en charrues et en instruments de labourage, et ensuite en glaives homicides , en machines de guerre , en mille appareils de mort. L'or corrupteur est tiré des entrailles de la terre. La cognée abat le pin altier , qui va se courber en quille de vaisseau, le chêne robuste destiné à soutenir le toit sous lequel dormira l'oisif des villes. Toutes les contrées se répondent l'une à l'autre. Les montagnes sont aplanies, les abymes des mers sont comblés. Le commerce court civiliser les hommes. Mais le vent de la destruction souffle en même temps de toutes parts; et le génie dévorant des conquêtes inonde de sang et de larmes les champs où croissent les -fécondes moissons, les monuments des arts qui ornent les opulentes cités. L'homme s'avance dans la gloire, mais il s'avance aussi dans le malheur. Son intelligence le fatiguera, parcequ'il la sollicitera pour des besoins factices qu'elle ne pourra

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