LIVRE SEPTIÈME
inogonique, et dont Thamyris, sans doute, {pouvait à peine entrevoir les fécondes merveilles, Fhôte dlivandre dut chercher en vain la suite de ses pensées. Le poëte d'un âge chrétien, qui a reçu la véritable initiation , et qui s'est imposé la tâche de répéter ces récits antiques , est-il sûr de ne pas s'être involontairement laissé tromper par sa propre inspiration ? Est-il sûr de ne pas confondre, en ce moment, la science devenue celle de tous, avec la science des vieux sanctuaires? K'importe, au risque de m'égarer encore, je vais achever le discours de Thamyris, tel qu'il semble retentir à mon oreille :
Comment dire, en effet, la volonté humaine, devenue une puissance de ce monde, et pervertie à l'instant même où elle se manifeste pour la première fois? Comment dire le secours qui fut nécessaire pour réveiller les facultés endormies de l'homme, le secours qui sera nécessaire encore pour les rehausser, pour les épurer, pour les rendre consonnantes à l'harmonie universelle dont elles tendent trop à se séparer, à s'isoler? Comment dire l'identification que la nature humaine doit recevoir pour qu'elle puisse tirer d'elle-même la force de se connaître, la force de se sentir, la force de se régénérer? Comment dire enfin le dévouement, la plus belle et la plus noble des attributions du cœur humain, le dévouement appli-
que ici à cette nature intermédiaire du Titan, s'élevant un jour jusqu'à être une fonction auguste de la divinité? car cette pensée si extraordinaire repose, inconnue du reste de la terre, dans ces antiques traditions juives, religieusement conservées par un peuple qui , pour le prêtre de l'Egypte, était un peuple d'esclaves.
Évandre, continue Tliamyris, j'avais peine à fixer de si éblouissantes clartés. Mais je compris mieux ce que le prêtre me raconta d'Orphée.
Orphée, selon ce qui m'a été dit, après avoir entendu le poëme des anciens jours, en fit sortir un autre enseignement plus accessible à ma faible intelligence. Il vit l'homme appelé à vaincre constamment les lois de la nécessité, à se perfectionner malgré le destin. Il avait peint, dans le passé et dans l'avenir, la marche progressive du genre humain, se faisant lui-même, et la haute mission des hommes de génie s'avançant les premiers , devançant les autres hommes pour leur frayer la route. Ils pourraient s'arrêter à contempler leurs propres pensées, mais il y a en eux une force d'instinct qui les pousse à accomplir les pensées immortelles. La fatalité finira-t-elle par succomber sous la volonté de l'homme, et l'homme luttera-t-il jusqu'à ce que cette grande victoire soit accomplie ? Ses forces ne peuvent lui servir qu'autant qu'il les emploie sans cesse, sans repos. Elles