LIVRE SEPTIÈME
seraient impuissantes s'il suspendait un instant les travaux de son intelligence, le labeur de ses mains.
Vous reconnaissez sans peine, Evandre, dans cette noble théorie de Fhumanité, la destinée plébéienne tout entière.
Des entretiens continuèrent sur la poésie, et ces entretiens furent pleins de gravité et d'instruction ; j^rmettez, roi pasteur, que je vous en rende compte sans ordre et sans suite, tels que doivent être des entretiens familiers.
S'il est, dans l'avenir, un homme assez audacieux pour se saisir seul de l'empire de la poésie, ce sera celui qui osera montrer, dans ses tableaux varîés , l'homme même, l'homme entre Dieu et la nature. Sa riche et vaste imagination embrassera successivement les mœurs domestiques, les mœurs guerrières, l'homme voyageur. Celui-là créera tout àla-fois l'épopée et le drame. Mais qu'importe qu'il y ait un homme qui apparaisse pour gouverner seul lempire de la poésie? Les peuples ne saventils pas donner des noms aux traditions ? Ne saventils pas se chanter eux-mêmes? Les historiens viendront, plus tard, succéder aux poètes; ils viendront pour raconter les événements tels qu'ils se passent, un à un, dans leur réalisation matérielle. Le poëte, remontant plus haut, les saisit dans leur suite et dans leur ensemble, dit les causes pro-
fondes, les origines cachées. Il s'appelle prophète et devin. Le poëte est l'expression vivante de Dieu, des choses, des hommes.
Thot nous a dit que les nombres étaient les formes accessibles de la pensée éternelle, et que le signe des nombres était le signe de cette pensée immuable. La valeur relative des sons pour produire l'harmonie musicale est fondée sur la loi merveilleuse des nombres ; il nous a enseigné cette loi ordonnatrice, dépendante de celle qui régit l'univers, qui gouverne les temps.
Il nous a dit encore que le monde et les choses du monde étaient la pensée de Dieu écrite. Les peintures linéaires ou plastiques du monde et des choses du monde, d'après ce premier des sages, sont, pour nos sens, une peinture de la pensée divine, et la pensée humaine est une image de la pensée divine.
Considère donc nos emblèmes, Thamyris : le ciel et la terre, resj)rit et la matière, la nature et la société, y sont traduits en signes. Nos rituels et nos planisphères sont le type des mythologies, toutes analogues entre elles, toutes identiques, comme les langues sont toutes l'onduleuse draperie qui dénonce la même intelligence. Les emblèmes des lois de la Providence et des forces de la nature, gigantesques, bizarres, naïfs, au-delà du Caucase, ont été polis et divinisés en-decà,