LIVRE HUITIÈME
tation quil nous est permis de pressentir, qu'il nous est interdit de deviner, quant à présent, notre partage est de gémir. Tel est donc cet anathème terrible, inscrutable, enveloppé d'un nuage de colère, cet anathème que nous signalons sans oser l'expliquer ; l'homme ne peut rien sur son état présent, il ne peut que sur son état futur. Telles sont donc aussi nos épreuves successives, où le néophyte est préparé seulement à une autre épreuve. Telle est donc enfin la raison de ce destin inflexible qui paraît gouverner le monde, qui semble enchaîner l'homme. Mais Thomme doit combattre, pour vaincre dans une vie suivante. Nous venons de sonder la nature du destin, fantôme d'épouvante pour les peuples.
Plusieurs tableaux succédèrent à celui-ci. Dans les uns, on voyait des peintures de l'âge d'or, telles que les {X)ëtes les ont chantées, et qui indiquent un état primitif d'innocence et de bonheur, dont, plus tard, la race humaine aurait été deshéritée. Dans les autres, on voyait l'homme voulant usurper un pouvoir qui ne lui appartient point, et châtié, pour cette usurpation, par mille redoutables fléaux. Un de ces tableaux représentait la désolation de ceux qui, après leur mort, n'avaient pas reçu les honneurs de la sépulture. Mais ce qui m'étonna le plus, ce fut de voir de pauvres enfants qui avaient à peine entrevu la lu-
mière du jour, et qui , sans avoir mérité un si triste sort, devaient demeurer plongés à jamais dans de lamentables ténèbres. Dieux immortels I me disaîs-je à moi-même, car la parole m'était sévèrement interdite , dieux immortels, où esl la justice de cet arrêt? Le prêtre cependant expliquait tous ces tableaux à mesure qu'ils se succédaient, et il jugea h propos de dire, sans Texpliquer, le malheur de ceux qui sont privés de sépulture, aussi bien que Fétat misérable des enfants ravis aux embrassements de leurs mères, avant qu ils aient pu faire usage de leur raison. Sans doute que de si étranges épreuves ne sont pas faites pour produire, dans de timides néophytes, un vain étonnement de terreur ; mais je fus obligé de les subir en silence. Puis m'élevant à des . considérations inspirées [>ar tout ce qui avait été dit , je me mis à penser: Serait-il possible de mieux marquer Fahération qu a subie Fessence humaine? serait-il possible de mieux dénoncer je ne sai& quel crime primitif, qui implore douloureusement une expiation primitive comme lui ?M'est-ce pas là le triste sceau de Fanathème antique? Et toujours il restait à savoir ce que furent et Faltéradon, et le crime, et Fanathème. Il restait à savoir dans quels jours cosmogoniques se sont passés les funestes événements dont par-tout est empreinte Faustère commémoration, et dont le