‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 178 sur 221 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

esclave malheureux, dis-ucus depuis combien de temps tu agitais les fers de la servitude au pied du troue de Théoclymének Dis-nous ce que tu sais de ton prince.

Illustres vieillards^ répond Tesclave, j'ai toujours servi le même maître. Je n ai mangé le pain amer de la servitude que dans les palais de Théoclyméne. Son regard nest jamais tombé sur moi; j'étais perdu dans la foule des esclaves. Je suis Hébreu. Les Hébreux n ont pas de rois, ils ont des chefs: s'ils avaient des rois, ils ne les jugeraient pas après leur mort^ ils leur diraient la vérité durant leur vie éclatante.

Esclave^ on ne t'interroge point sur les usages de ton pays; néanmoins je loue la liberté de tes paroles. Mais je ne dédaignerai point de te donner une leçon. Le peuple hébreu a vécu au milieu de nos symboles ; ses sages ont pénétré le sens de nos signes sacrés. Vous avez dérobé nos vases d'or et nos mystères. Qu'avez- vous fait de ces choses? Esclave, tu ignores les événements du pays dont tes frères se sont emparés. Israël , ce peuple mur^ murateur, maintenant veut être gouverné par des rois. Nous verrons comment il supportera le joug des rois ; nous verrons s'il saura toujours leur dire la vérité durant leur vie éclatante!

Esclave malheureux, ajoute l'ancien des vieillards, nous ne te demandons pas une action que

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tu puisses réprouver. Tu éludes les réponses, mais songe que c'est ici le temple de Fétemelle vérité. Dis-nous donc si ton front ne s'est pas quelquefois abaissé avec humiliation dans la poussière, près de la personne de cet homme qui fut roi. Dis-nous si toutes tes larmes ont coulé dans le silence , et si cet homme, qui fut ton maître, eût pu t'en épargner quelqu'une.

Vieillard, il ne faut pas juger d'après moi, car je n'étais pas né dans la servitude; j'étais de condition libre; et, vous le savez, les fers sont d'autant plus lourds qu'on est moins fait pour les porter.

Esclave malheureux, cet homme qui fut roi, qui fut ton maître, savait -il que tu étais né libre ?

Oui, il le savait; mais le trône entraîne tant de soins, qu'il a pu fort bien ne point y songer.

Écoute, esclave malheureux, Théoclymène a étendu la gloire de l'Egypte, il a élevé des monuments qui éterniseront la gloire de son nom, il a fait de sages lois qui régiront son empire après sa mort; mais s'il n'a pas su entendre, une seule fois, un soupir continu qui s'exhalait au pied de son trône, que devons-nous penser de tant de larmes qui se répandaient au loin? Esclave malheureux , tu as conservé, dans la servitude, le cœur d'un sage. Mais celui-ci, ce mort illustre, tout-i-

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