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l'heure si entouré , maintenant si délaissé , va être jugé avec sévérité, à cause de toi. Esclave malheureux, je te touche avec cette baguette d'ivoire. Retire-toi, va déposer les vêtements de la servitude, et reviens ensuite parmi nous.
Cependant un prêtre, qui, depuis le moment de la mort du roi, était resté assis à la porte du temple pour recevoir les dépositions de tous ceux qui avaient voulu s'approcher de lui, revint dans l'assemblée des vieillards. Ces dépositions furent examinées avec soin. Le bien et le mal furent dits, et les injustices furent notées, afin que l'on pût les faire réparer par le nouveau roi.
L'esclave, qui s'était retiré pour obéir à l'ordre de l'ancien des vieillards, était rentré quelques instants après, revêtu de ses habits d'homme libre, et s'était placé à côté de moi, pour assister au jugement de celui qui fut son maître. L'infortuné versait des larmes abondantes-, car sa vie s'était écoulée dans la servitude, et le bienfait de la liberté venait trop tard pour lui.
Homme libre, dit le vieillard, ta place est dèsà- présent marquée parmi les néophytes. Les jours d'opprobre et de misère que tu as supportés sont des épreuves qui t'ont été infligées par la Providence elle-même, et qui te dispensent de celles que nous aurions à te faire subir. Sèche tes pleurs : ce n'est pas à présent que le courage doit te man-
Sol ORPHÉE.
quer» Si nous t ayons fait homme libre^ c est que tu Fëtaiâ déjà. Tu Tétais par toi-même, ayant de Fêtre par nous. Oui, tu étais [Jus libre dans les fers de la servitude que cet homme qui ftit tmi maître. Juges équitables, ne croyez -vous pas tous, ainsi que moi ^ que les Dieux ont ea pour agréable la vie obscure de cet homme qui fîit esclave, au-<ieseus de la vie toute éclatante de cet autre homme qui fut roi, et qui ne fut pas un dieu?
Les vieillards se levèrent en signe d'adhésion , et inclinèrent la tète en silence.
Mais, ditlancien des vieillards, la royauté est une haute magistrature que rien ne peut flétrir; la royauté est une image et un reflet de la puis* sance divine. Les Dieux délaissent quelquefois Thomme qui porte le sceptre , mais ils protègent toujours le roi dépositaire des traditions sociales, des destinées humaines, celui qui représente Tordre et Tunité. Théoclyraéne fut un grand roi, et il n a point déshonoré la mémoire du bienfaisant Protée^ de celui qui connut toutes les sciences divines et humaines. Que le cercueil de Théody» mène soit donc sous la sauvegarde d'un respect religieux et filial. Nous publierons que le r(M a accompli les devoirs de la royauté, mais que Thomme a encouru de trop justes reproches. Nous procéderons, en même temps, & Tapothéose de
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Protée, afin que la gloire de son nom se répande dans tout Funivers, et que sa mémoire soit consacrée par les récits de la renommée , par les fa* blés des peuples.
Après cette austère cérémonie, il fut ordonné à un hérault d aller proclamer dan^ toute l'Egypte le jugement porté sur le roi, pour être reçu parmi les nomes sacrés de Misraïm comme l'impartial jugement de la postérité.
Le nom du roi Théoclyméne n est point ar^ rivé jusqu'à tous, Evandre, parceque ce nom ne mérite pas une grande renommée; il nen a point été ainsi du roi Protée; son nom vous est parvenu entouré de fables, oomme lavait prévu lancien des vieillards. G est que les fables ne sont autre chose que la voix même de la renommée , en rapport avec le génie des temps, des lieux, des langues, des peuples. Protée fut un roi pacifique et législateur. Il connut les grands mystères de la nature et les plus profonds secrets de la science. Il perfectionna la forme grossière des vaisseaux, et ses vaisseaux , bravant les tempêtes et les écueils, couvrirent toutes les mers. Il fut dit magicien et devin , et Ion affirma qu il était pasteur des troui^ peaux de Neptune. L'Orient le venait consulter, et nul ne put mettre sa sagesse en défaut. Il répondit à toutes les énigmes qui lui furent propo^ sées. Des pièges furent tendus à sa prudence, et
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sa prudence ne se démentit jamais. Lorsqaon voulait lui arracher des oracles , il savait se soustraire à la vaine curiosité de connaître l'avenir. On dit qu'il était tantôt vieillard vénérable, tantôt adolescent plein de charmesj qu'il se changeait au besoin en tigre farouche , en rusé serpent , en aigle audacieux ; qu'il s'échappait comme Tonde , qu'il s'élevait en tourbillon de vent ou de flamme, et que les mortels interdits ne pouvaient ni le saisir, ni le retrouver. Mais voici les paroles de l'apothéose, prononcées par l'ancien des vieillards :
Gloire éternelle à Protée ! c'est à lui que les peuples de l'Egypte doivent d'inappréciables bienfaits. Il n'a point créé la société, mais il a créé l'homme social. Il a émancipé la volonté humaine. Il a confié aux ordres et aux castes le dépôt des traditions, la loi du progrès , la science et les arts, selon les capacités de tous. Gloire éternelle à Protée! Nous n'avons pu lui donner la sépulture; vous le savez , son corps mortel a disparu du milieu de nous; il nous a été enlevé ou par les génies invisibles , établis par les Dieux pour veiller à la prospérité de cette terre que gouvernèrent des dieux, ou par les dieux eux-mêmes dont il mérita d'être l'égal. Que son fils, cette seule portion de lui qui nous soit restée , que son fils reçoive à sa place les honneurs de la sépulture!