LIVRE HUITIÈME. 3ii
plus bel attribut de rhomme. L'autre vieillard affirma que, sans la liberté, il n y aurait point de moralité dans Fliomme; que ses actions seraient sans attribution de mérite ou de démérite.
L ancien des vieillards se leva pour dire que la vérité était dans les deux discours, et il ajouta: Néophytes, faites-vous libres, et pratiquez la vertu, Les dieux savent s afFranchir du destin. L'homme, en cela, peut se faire semblable aux dieux. Que deux autres vieillards se lèvent. Il dit, et il s assied.
Deux autres vieillards se levèrent. L'un exposa dans un langage monotone et sublime le système de la déchéance de llionime. Misères de l'humanité, cruelle nécessité de la maladie, de la vieillesse et de la mort, continuité de la douleur, fléaux de la nature, de quelles couleurs vous fûtes peints ! Toutes les traditions se rattachent à de funestes catastrophes : les souvenirs de ces catastrophes sont la raison de la terreur intime et profonde qui repose dans les religions; ils sont la cause de terribles superstitions...
Une voix inconnue sortit de l'obélisque , et cria : Nécessité de l'expiation, nécessité du sacrifice, nécessité de la réparation de la nature humaine.
A cette voix, les vieillards restèrent calmes et en silence : tous les troubles de l'ame parurent sur le visage des néophytes.
Le vieillard , qui venait de parler , s'était assis ;
3i2 ORPHÉE.
l'autre vieillard, resté debout, commença. Ce n'était point la pensée divine qu'il voulait révéler, c'était la pensée d'Orphée, pensée qui fut sans doute inspirée au poëtc divin, comme toutes celles qui entrent dans l'ame des grands poètes. Il tient, en s'accompagnant de la lyre, un discours dont il serait impossible de rendre l'expression.
C'était une admirable exposition du système de perfectionnement de l'être intelligent et moral. La vie que nous menons sur la terre, cette vie renfermée entre une naissance apparente et une mort également apparente, cette vie n'est, dans la réalité, qu'une portion de notre existence, une manifestation de l'homme dans le temps. Chaque homme, en arrivant dans la vie future, y arrivera avec les perfectionnements auxquels il aura été conduit par les épreuves. Il prendra, dans cette vie nouvelle, son point de départ du point même où il sera arrivé, s'il a su mettre à profit les épreuves. Le genre humain a des destinées générales qu'il doit accomplir. Chaque être intelligent et moral, comme être individuel, a des destinées différentes, qu'il doit aussi accomplir. Lorsque les destinées générales seront accomplies, les destinées individuelles, rendues à leur indé[)eDdance , continueront de subsister, et finiront toutes par être heureuses et bonnes. La divemté des esprits, dans le monde actuel, est une image et