‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 191 sur 221 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Que les régnes de Protée et de Théoclyméne te soient un témoignage, me fut-il dit. Dans le nome de Sais la forme théocratique vient de finir; dans d autres nomes elle finira plus tard. Dans les uns rhumanité commence; dans les autres elle est établie depuis plus long-temps. L'Egypte, image et type de toutes les initiations locales, comme elle est image et type de Tunivers, l'Egypte conserve toute la variété des institutions divines et humaines; elles y sont coptem|)oraines les unes des autres.

Mais autant tu as été étonné, Thamyris, en comparant FEgypte avec les diverses contrées que tu as parcourues, autant tu serais étonné, et ton étonnement serait bien plus grand encore, si tu pouvais comparer avec cette merveilleuse Egypte la terre mille fois plus merveilleuse où le Gange roule ses eaux divines. L'Egypte , image du monde, ainsi que nous te lavons expliqué, est une image aussi de Flnde, mais une image affaiblie. Elle la représente par ses monuments et par ses doctrines. Mais nos conceptions, toutes gigantesques qu elles te paraissent, sont loin d'avoir le caractère d'illimité et d'infini qui est empreint dans toutes les conceptions de l'Inde. Chez nous commence le régne de la parole et du mouvement; chez nous l'homme est un être qui a de la réalité, qui commande, qui obéit, qui se détermine, qui résiste,

qui se soumet, dont les pensées naissent et se développent, enfin qui use de ses facultés. Dans les royaumes de Flnde rien ne commence, rien ne finit, rien n'est. La naissance, la vie, la mort sont des apparences également indifférentes. L'espèce humaine n'existe point, car elle est silencieuse, passivement contemplative, sans volonté. Tout est absorbé dans l'être universel, dans l'être absolu , et l'esprit de l'homme n'est qu'une goutte d'eau perdue au sein d'un abyme immense et sans bornes. Dans les royaumes de l'Inde les idées du temps successif sont méconnues; le temps y a des proportions telles, qu'il est, pour ainsi dire, l'éternité elle-même. En un mot, la durée et les formes ne sont que des illusions. Thamyris, là tu n'aurais point pu être initié , car là l'initiation consiste à cesser d'être soi, à être anéanti. Bacchus, on te l'a dit, est allé visiter l'Inde ; il est allé porter, sur les bords du Gange, le génie de la responsabilité et de la conscience. A-t-il pu vaincre cette cosmogonie permanente et immobile? Comment l'aurait-il pu? La source d'où tout découle doit rester ce qu'elle est. Ce vaste océan de lumières, de croyances, de forces intelligentes, doit rester un océan éternellement calme, éternellement sans, fond et sans rivage, doit rester laliment éternel de toutes les lumières, de toutes les croyances, de toutes les forces intelligentes qui gouvernent

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