‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 201 sur 221 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

lyres seront ici d'insensibles bétyles , de muets talismans. ?lous dirons ensemble les limites à-lafbis étroites et infinies de Imtelligence humaine et les solitudes du cœur.

Tels furent nos premiers entretiens. Bientôt ils prirent un autre cours. J'ai cru long-temps, me disait-il, (|ue Tétat social était, pour nous, un moyen de relever plus facilement notre nature déchue.... Dieux! interrompis-je aussitôt, de telles paroles ne décêlent-elles pas un initié? C est possible, reprit avec calme le vieillard; il ne t'appartient pas de cherchera pénétrer dans le secret de mes douleurs. M'aurais-tu imprudemment fait connaître qu'il t'a été permis d'assister aux spectacles des saints mystères ? et ne me serait-il pas permis de croire que ton initiation dût être fort incomplète, tant tu te montres empressé à laisser échapper les lueurs confuses de ton esprit? Si tu as visité les savants des Pyramides , je crains qu'ils ne t'aient pas confié toute leur science; et ils auront agi sagement. Quoi qu'il en soit, j'achè> verai. J'ai cru long-temps ce qu'ont cru les légi^ lateurs, les fondateurs des sociétés humaines. C'est dans l'état social, en effet, que l'homme peut se perfectionner; mais à quoi lui sert le perfectionnement? il s'énerve, il s'amollit, il sedéprayede plus en plus. D'ailleurâ, savant ou ignorant, l'homme est toujours malheureux; et plus il egt

instruit, plus ii sent son infirmité. Il veut lire le livre roulé et scellé; alors il devient insensé comme moi. Il n a conquis l'avenir que pour conquérir de nouveaux tourments. Aussi cet avenir qu'il a obtenu sur la terre veut-il l'étendre sur les sphères célestes. L'immortalité lui est devenue nécessaire! Sans doute, ajoutait-il, il est facile dé donner à l'homme des institutions qui perfectionnent l'intelligence; mais où en trouver qui améliorent l'être moral? Cette pente au mal, qui l'entraîne, ne se développe-t-elle pas en même temps que ses autres facultés?

Évandre, je ne savais que répondre au vieillard. Je ne voulais pas m'attirer de nouveaux reproches; et je n'étais pas assez peu avancé dans la science, pour n'avoir pas toute celle qu'il fallait pour les repousser.

Puis, revenant aussitôt sur le désordre de ses discours, il en désavouait ce que le délire de l'angoisse avait pu lui arracher. Il parlait avec un charme infini de ses espérances immortelles. Oui, je le crois , continuait-il , et c'est peut-être une autre loi de notre nature, il est bon que les progrès de l'intelligence aident au progrès moral. Il comparait ensemble la vie des sociétés humaines et la vie de l'homme lui-même, toutes les deux, étranges et mystérieuses , avec des périodes analogues ; toutes les deux finissant par la mort, qui n'est qu'une

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