‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 26 sur 221 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

Une note de M. Damiron, placée par lui dans son ouvrage sur la philosophie du dix-neuvième siècle, et un article inséré dans le Globe m obligent à ajouter ici quelques mots. Mius, avant tout, je dois remercier M. Damiron et lautciir de Tarticle du Globe du souvenir si plein de bienveillance qu'ils ont accordé à TEssai sur les Institutions sociales, publié en 1818. Je saisis également cette occasion pour prier M. le baron d'Eckstain d agréer lexpression de ma reconnaissance pour la manière dont il veut bien quelquefois entretenir ses lecteurs , de mes divers écrits.

Je n'entends pas reprendre en sous-œuvre toutes les parties de l'Essai sur les Institutions sociales, mais seulement la partie qui se rapporte à la discussion dont nous venons de nous occuper.

Les philosophes qui , dans la question de Tinstitution du langage, ont pris pour cause initiative, pour impulsion originelle, la révélation de la parole, ont toujours été mal compris, ou se sont mal expliqués, ce qui a donné lieu à de trop faciles accusations de paralogisme.

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On lear prête la conception, j oserai dire ridicule, d admettre que la parole ait été enseignée à Thomme par des notions grammaticales sur les divenses parties du discours. Dieu aurait été un pédagogue , et lliomme un marmot. Je croyais avoir assez nettement posé les conditions d un problème aussi sérieux pour croire avoir évité une telle confusion d'idées, une telle parodie de la Bible. Toutefois je ne me plains point ; il faut qu'il y ait eu de ma faute; et tout-à-rheure nous verrons bien où le terrain a manqué sous nos pas. Mais j'espère sur-tout que ma pensée jaillira des nouveaux développements contenus çà et là , soit dans les prolégomènes de la Palingénésie sociale, soit dans cette Préface, soit dans la Formule générale du volume suivant.

Les lois, qui furent traditionnelles avant detre écrites ; les préceptes religieux ou moraux , les connaissances primitives, sources des traditions; les formes de Imtelligence humaine, l'intuition des vérités nécessaires, la faculté de pénétrer l'essence des êtres et des choses , pour imposer les noms; l'insufflation divine pour imprimer le mouvement à la sensation et à la pensée : c'est dans tout cela que j'avais cherché les éléments de la parole; c^est cet ensemble que j'avais signalé comme étant la révélation du langage. Ce que j'avais voulu induire, et non prouver, c'était l'identité de l'homme et de la parole; c'était le moi humain s*éveillant en présence du monde extérieur. Tous mes lecteurs cependant ne se sont pas trompés sur ma théorie de la parole. Plusieurs ont compris qu'il s'agissait de savoir s'il y avait simultanéité dans la manifestation des facultés humaines, ou

sU y avait succession. Un de mes amis, fort occupé luimême de philosophie, me fit parvenir, dans le temps, des objections qui s adressaient bien directement à la théorie que j'avais conçue, et non à celle de je ne sais quel drame où Dieu interviendrait pour faire épéler rhonune. Je pourrais, sans doute, aujourd'hui reproduire ces objections, afin de les discuter: ce serait une occasion que j'aimerais à saisir de rendre hommage à la mémoire d'un honmie qui eût pu laisser un nom s'il eût voulu se mettre en rapport avec le public, et dont d'inexprimables chagrins ont causé la mort prématurée ; mais il faudrait discuter, de nouveau, les g[randes et immenses questions relatives à l'institution du langage , à la formation des sociétés , aux traditions , aux castes : au point où j'en suis, je dois abandonner à ma pensée le soin de se compléter elle-^méme , et ensuite de se défendre.

Je me contenterai de fixer, en peu de mots, le vérita-> ble sujet de dissentiment qui existait entre l'ami dont je parle et moi.

Aristote avait reconnu que les régies premières de nos jugements étaient données par la logique et par les formes absolues du langage -, Kant a déduit de ces formes absolues les notions a priori de l'entendement.

Desbrosses a analysé avec une admirable sagacité l'instrument vocal; il a pris rang, pour cette prodigieuse analyse , parmi les esprits du premier ordre : mais enfin il n'a défini et expliqué que l'instrument, et non la fa« culte.

Court de Gébelin a voulu se rendre compte de la loi

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qui préside à la formation des différentes parties du discours , à leur construction grammaticale , à leur réunion en propositions; et, à son tour, il a bien mérité de la science.

Mais il est impossible de ne pas sentir une lacune dans cet enchaînement de faits qui ne sont point liés les uns aux autres , d où ne peut résulter encore la connaissance ni lappréciation de cette haute faculté que nous nommons la parcJe.

Mon ancien contradicteur, esprit très distingué, croyait que la lacune dans Tinvestigation de tant de faits importants consistait en ce que les langues avaient été considérées comme peintures , comme expressions de nos idées et de nos rapports perçus ; et qu elles n avaient point été considérées comme résultats, pour remonter de là aux puissances de Fintelligence. Restait donc à savoir, selon lui, comment le son émis par un organe , reçu par un autre organe, passe à 1 état de signe abstrait et général , en vertu de la faculté fondamentale du moi , Fabsolu , qui tient à notre nature d être infini ; comment nous obtenons ainsi la série de Tordre des signes vocaux ou oraux , laquelle se substitue successivement à Tordre des signes visuels et tactiles.

Or le problème ainsi posé n avait pas été résolu par moi, pas plus que par d autres philosophes ; je ne puis le nier ; mais ce n était pas là le problème que j avais Tintention de résoudre , car c est identiquement celui de Tunion de Tame et du corps : il y a un terme qu aucune psychologie ne saurait franchir.

Tout ce que Ton peut faire c est de poser le problème,

den présenter toutes les conditions; et je crois lavoir fait.

Il est an autre reproche sur lequel j'ai besoin de m expliquer ; c est celui de n avoir pas osé m*élever dans la sphère vaste et religieuse par excellence de Tinfini , au lieu de rester fixé dans la sphère étroite et funeste du fini.

Tels sont les termes de 1 accusation : conune elle est très grave, sur-tout aujourd'hui que la théorie brillante de 1 infini s'est fait au milieu de nous un si éloquent interprète, je dois mettre quelque prix à me disculper.

Une première remarque va jeter un jour décisif sur toutes les questions de ce genre.

Il me parait évident que la révélation et Finfini sont deux mots différents pour exprimer une même chose : religieusement et historiquement, cest la révélation; philosophiquement et idéalement, c'est Finfini. • L^accusation portait donc à faux: je ne m'étais point perdu dans le fini ; s'il est une préoccupation qui m'ait dominé, c'est bien plutôt la préoccupation religieuse.

J'avais fait assez d'efforts pour ne pas sortir de la thèse spéculative et purement philosophique; mes efforts avaient été complètement inutiles. Le philosophe ignoré qui me gourmandait n'a pu lui-même m'ofifnr le moyen de dégager Tinconnue ; c'est qu'en effet cela n'était pas possible : Ancillon y avait échoué.

Si depuis j'ai été porté dans la sphère libre et indépendante de Finfini, c'est par mes études sur les origines de la langue latine; en d'autres termes, par le sentiment des déductions historiques. Encore là fal-

]ait4l aboutir à la révélation, qui est toujours la grande inconnue, le dernier résultat de toutes les éliminations.

Par tout ce qui a été dit plus haut , il est facile de comprendre que Tinfini, ou le spontané, ou Fintuition, ou la forme primitive de Fintelligence humaine, ou la parole, sont ce que j'appelais la révélation.

Les vieux monuments de la langue latine, sous ce rapport, racontent comme la Bible.

J en ai Fintime conviction , toute étude approfondie et consciencieuse d'une langue ancienne , n'importe laqueUe, sera toujom^ adéquate à la tradition générale.

Ainsi donc, en changeant de route, en prenant un autre guide, je suis arrivé au même lieu. Mon expérience devrait enseigner à commencer par perfectionner sa faculté d'intuition pour Fappliquer ensuite à une langue particulière, puis, de là, conclure pour toute langue , pour l'institution de la parole , identique à rhomme social et à Fhomme individuel.

Maintenant je dois aborder une autre objection, qui me fut faite par le même philosophe. J avais signalé, toujours dans cet ordre d'idées, un phénomène que je croyais être le caractère métaphysique, le signe le plus énergique de 1 époque actuelle, de Fâge où nous sommes de Fesprit humain.

A mesure que nous avançons dans la civihsation, à mesure que notre éducation sociale se perfectionne , en on mot à mesure que le genre humain se développe, la pensée va s affranchissant , de plus en plus, des liens de la parole : tel est , en effet, le résumé de ma théorie de la révélation du langage.

Il est de mon devoir de présenter, dans toute sa sévérité, lobjection de mon antagoniste. Je me servirai de ses propres expressions; seulement je les condenserai un peu , pour qu eUes tiennent moins de place.

tt Plus la civilisation se perfectionne , plus la pensée M devient esclave des signes oraux et vocaux , c est-à-dire (c de la parole , moins nous avons de pensées sans emu ployer cet ordre de signes : les signes oraux sont tout u pour nous ; nous finissons par ne plus évoquer les idées u ( les rapports rendus concrets et fixés ) et par ne plus M opérer le rappel des images et des sentiments qu avec u le secours de ces signes.

«Dans lorigine, les mots ont tous été imitatifs ou tt analogiques , et destinés à peindre ou à rappeler une M relation physique. Par une transformation opérée « en vertu des lois merveilleuses de lanalogie , Ion s est tf servi de ces mêmes sons vocaux pour représenter soit c<nos perceptions intellectuelles, soit les rapports intt tellectuels , les volontés, les actes dé Tesprit, que u faisaient naître nos sensations et nos besoins. L abbé (cMorellet, dans son Traité de l'imitation musicale, a «parfaitement développé la marche de lesprit humain « dans l'emploi de ces modes analogiques.

« Tant que Ton conserve , comme cela a lieu dans les « langues primitives , la double intelligence du sens phytt sique et de son analogie avec le sens intellectuel , les « mots restent des peintures à double fonction ; les lan- ' « gués sont figurées et poétiques. Avant la création de ttces motS; ou pendant les différentes époques sucttcessivesdu perfectionnement de la parole, on pense

« souvent avec des images ; un grand nombre de per- «ceptions de rapports a lieu, et ces perceptions sont «des idées, des pensées réelles, qui demeurent indé- « pendantes de la parole, faute de mots pour les rendre « concrètes, les fixer, les exprimer.

« Ce phénomène a dû se manifester chez les peuples « neufs , tout comme chez les autres peuples ; c'est un tt phénomène analogue à celui que Ton peut supposer tf dans les enfants et dans les sourds-muets. Mais à meu sure que les mots se créent, que les conjugaisons et les « déclinaisons s'établissent , enfin que les formes gram- «maticales s organisent, les idées, les pensées (liaisons « d'idées), passent dans le domaine de la parole, se « fixent dans Tordre des signes vocaux;

« Et la pensée devient , de plus en plus , dépendante «de la parole.

«La pensée alors n'est plus évoquée que par cette « nature de signes; la perception dun rapport rappelle <c inunédiatement son signe oral représentatif; et la per- « ception et le signe se confondent ensemble, sont si- « multanément perçus.

« En Europe , où nos langues ne sont que des langues «dérivées, la valeur des mots qui peignent à-la-fois le « rapport physique , ou 1 être physique, avec le rapport « analogique intellectuel s'est presque totalement perdue. « Cet événement avait eu heu dans les langues primiti- « ves ; mais il est bien plus promptement survenu dans « les langues dérivées. Non seulement nous n'avons plus « de pensées sans qu'il s'y he des signes oraux simultané- « ment perçus avec elles , mais pour nous s'est évanoui

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u dans loixlre intellectael le sentiment de l'analogie phyu sique du mot. »

Or cet événement que , dans une telle hypothèse , j aurais confondu avec celui que j'ai voulu signaler, c'est cet événement que j'aurais pris pour l'émancipation de la pensée des liens de la parole.

Si j'eusse dit, toujours dans cette hypothèse, que les mots ne sont plus l'expression nette , significative de nos idées, de nos perceptions de rapports intellectuds ; que lanalogie de ces rapports intellectuels avec les êtres physiques et les rapports physiques n'est plus sentie; que le langage a cessé detre figuré, pour former comme une classe de signes purement abstraits lorsqu'ils frappent notre entendement, j'aurais dit une grande vérité.

Ici, il faut être juste, la patience échapperait s'il ne s'agissait pas de répondre à un homme qui fut si éclairé, et que la religion de l'amitié prend sous sa sauvegarde ; la patience échapperait, car c'est encore l'événement que j'ai retracé, mais mal saisi, mal raconté, mal caractérisé. N'est-il pas évident que l'abstrait se dégage du concret, et que chacun est tenu de faire sa langue pour la conformer à sa pensée ?

u D'ailleurs, ajoute mon conti*adicteur , quand on re* u porte son attention sur les mots et les expressions con- «sidérés en eux-mêmes, dans nos langues dérivées, « l'on parvient souvent et facilement à en découvrir M ia nature physique et matérielle. Un ouvrage curieux T^îMrait le tableau de ces concordances. Des Brosses, tf Court de Gébelin, lesétymologistes, s'en sont qudquett fois occupés; mais nous ne possédons rien de complet

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«ni de systématique sur cette partie de la métaphysique M du langage : on éclaircirait, par un pareil tableau, d une « manière lumineuse , les recherches psychologiques. »

Ce tableau , à mon avis , remplirait la lacune qui existe entre le président des Brosses et Court de Gébelin, mais laisserait subsister la lacune bien autrement importante qui resterait toujours entre ces deux grands grammairiens et Aristote, Kant, et Ancillon.

Quoi qu'il en soit, celui qui, au sujet de Finstitution du langage , m accusait de m être placé en-dehors de la sphère de Imfini en était bien plus éloigné qu il ne le croyait. Et cependant il avait reconnu Tabsohi dans le moi de lliomme exprimant par le son un rapport entre I être physique et 1 être métaphysique, et faisant passer ce son émis à Tétat de signe abstrait.

Comment se fait-il, alors, qu'il ait professé la formation successive delà parole, la coordination graduelle des éléments dont toutes les langues se composent? comme si Fintelligence humaine n était pas tout d une pièce ! comme si le moi humain n était pas toujours et n avait pas été toujours identique à lui-même !

Ceci, néanmoins, s explique très bien. Celui qui se croyait 1 antagoniste du fini plaçait Tinfini dans Fhomme même. Ainsi Thomme aurait commencé par s*inventer; puis il aurait inventé le monde; puis il aurait inventé Dieu. Mais alors il resterait toujours à trouver la lumière qui fit que Thomme put s apercevoir une première fois; le moteur qui dut le porter inévitabiemorfl à sortir, une première fois aussi, de lui-même.

I/homme est progressif, et non successif.

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Il y a gradation dans réchelle animale , et même on ignore où elle commence ; il y a saut lorsqu'on arrive à rbomme : la Genèse consacre pour Tbonune une création à part.

Chaque essence animale , souvent , y est désignée par un nom collectif, mais les individus en sont séparés; rhomme seul est un.

U faut donc chercher la gradation intellectuelle de rhomme, dans lespéce humaine; cette gradation s'est manifestée dès l'origine: j'apporte en preuve le système contenu dans la langue latine, où j'ai trouvé, ainsi quon l'a vu , le dogme enveloppé et simultané de la déchéance et de la réhabilitation ; ce dogme est le véritable Heu de 1 infini, pour l'espèce humaine.

Selon moi, prétendre faire commencer le langage par l'interjection et l'onomatopée c'est comme prétendre f$dre commencer la religion par le fétichisme; encore serait-ce le fétichisme entendu dans le sens que hà donnent les auteurs d'un pareil système; car le fétichisme, dans son véritable sens, n'est autre chose que la croyance en l'esprit enchaîné , par im lien magique, dans le signe grossier; et ce n'est qu'ainsi que ce signe est pourvu de puissance.

Qui a mis dans les mots cette force logique dont nous parlions tout-à-l'heure, et qui est invincible?

Qui a conservé, dans le verbe, l'infinitif, qui est un juriste général , et qui témoigne de l'infini , lieu primitif ^^iP||, toutes les langues ?

Qui a fait que la langue latine, par exemple, contient toute une psychologie, tout un ordre social? Comnoent

>»Xji

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^ fait-il que cette psychologie soit udc des expressions ^e rOrient ? Gommeiit se fait-il encore que cet ordre iocial nous soit révélé par des mots , et qu'il nous ait été si long-temps voilé par Tbistoire?

J'ai cité un exemple général , je vais citer un exemple particulier.

Le mot quelquefois ne Signifie pas la chose, mais la chose oblige le mot à être vrai ; car il est dans sa nature d'être une expression vraie , ou destinée à devenir vraie. Ainsi le mot hostis^ dont nous nous sommes déjà occupés, dans la loi des xii Tables , désigne une sorte d existence sans nom dans nos langues modernes : c'est l'individu frappé d'une incapacité absolue d'entrer jamais dans la communion civile. Plus tard, ce mot a signifié, selon l'ordre social, étranger, hôte, ennemi. N'est-il pas vrai que toutes ces diverses acceptions sont contenues et comme enveloppées dans l'acception primitive? n*est-il pas vrai que Ton trouverait toute une série de faits découlant du principe inconnu qui a produit ce mot?

Lliistoire d'un grand nombre de mots serait aussi féconde en enseignements.

Je ne veux pas disséquer ce mot jusqu'au bout, mais je ne pub m'abstenir de remarquer que, soit M. Lévesque, en le comparant avec des mots de l'ancien ^lavon et de l'ancien grec, soit MM. Lennep et Scheid , dans leur savant Etymologicum, ont trouvé qu'il implique ridée d^exclusion, d expulsion. Je ne puis oi'alH^ «tenir de remarquer sur-tout que ni les uns ni les Uff^^-^i très n avaient en vue d'expliquer le fameux texte des XII Tables. Une telle confirmation de mes théories me parait un fait assez considérable.

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n a été un temps où le mot faisait le sens, et un autre temps où le sens faisait le mot : voilà tout le problème de l'institution et de la génération du langage.

La lettre tue et Tesprit vivifie : c est là toute 1^ doctrine de Taffranchissement de la pensée.

Llnstitut royal de France avait proposé pour sujet du prix quil devait adjuger en 1825, «d examiner si u labsence de toute écriture, ou lusage soit de Técriu ture hiéroglyphique ou idéographique , soit de Fécrir u ture alphabétique ou phonographique, ont eu quel* u que influence sur la formation du langage ches les u nations qui ont fait usage de Tun ou de Tautre gMre u d'écriture, ou qui ont existé long-temps sans avoir an^ M cune connaissance de Tart d'écrire ; et , dans le cas où M cette question paraîtrait devoir être décidée affirmau tivement , de déterminer en quoi a consisté cette in- « fluence. »

La même question a été remise au concours en i8a5 et 1826. Le concours de 1826 n'ayant pas répondu aux espérances de la conmiission chargée d'examiner les mémoires, le prix fut prorogé à 1828; et de nouveaux développements furent ajoutés au programme, pour mieux expliquer les conditions du problème à résoudre.

J'ignore les termes du progranmie et des développements qui ont été jugés nécessaires. Je sais seulement cpe le prix a été partagé entre M. le baron Massias et ^. Schleyermacher, bibliothécaire à Darmstadt, et que ces deux concurrents ont donné chacun une solution différente. M. Massias fait imprimer son mémoire ; M. Scbleyermacher fera sans doute imprimer le sien.

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J avoue que j'ai besoin de connaître ces deux mémoires pour saisir la question proposée , qui , sans doute, a reçu son sens de celui que lui ont donné les deux concurrents couronnés.

M. Fabre d'Olivet a voulu montrer une langue dérivée tout entière du signe : c est là l'objet de sa Grammaire hébraïque, publiée en 18 1 5.

M, Fabre d'Olivet est-il parvenu à asseoir une opinion aussi extraordinaire sur des bases incontestables? Pour expliquer conmient il a pu prétendre à établir une telle opinion , comment il est arrivé à un tel résultat , il faudrait discuter ses idées sur les langues en général, sur la langue sacrée des Égyptiens en particulier, sur le génie hiérographique contenu , selon lui , dansThébreu; et je n'ai point assez de science, ni assez d'espace. Ce qui me rappelle ce grand travail de M. Fabre d'Olivet , c'est la question proposée par l'Institut, et sur-tout les termes dans lesquels elle est proposée.

M. Fabre d'Olivet avait dit ailleurs : « Il n'y a rien de conventionnel dans la parole. »

Oui ; mais une loi existe , et il s'agit de savoir s'il est possible de la découvrir.

SOCIALE

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