‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 29 sur 221 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Texistence d une génération qui avait eu déjà de terribles combats à soutenir contre les éléments. Quelle dut donc être sa surprise de voir des ruines de villes, là où il croyait trouver des hommes nouvellement sortis de la terre; d'apprendre des doctrines, là où il croyait avoir à en enseigner! En effet, aurait-il pu soupçonner quil existât une contrée où chaque glèbe avait un nom, le nom sacré dun numén? La série de ces noms sacrés était toute la langue, et formait une sorte de théogonie hiérographique écrite sur le sol ; pouvait-il soupçonner qu'il eût à s'instruire dans une théogonie si extraordinaire? Mais cet étonnement ne fut point partagé par la nymphe Carmenta , en qui l'inspiration était une science-, ce fut à elle qu'il dut de pouvoir pénétrer dans cette langue, appelée barbare, et chère aux Dieux: ce fut encore à ses conseils, ou plutôt à ses irrésistibles commandements, qu'il dut aussi de pouvoir gouverner avec force et sagesse les peuples que lui soumettait une destinée mystérieuse.

L'exilé de la région anté-lunaire, à son arrivée dans le Latium, avait commencé par bâtir deux villes; Tune, à l'embouchure du Serranus, qui sera Je Tibre, père immortel ; l'autre , sur le sommet du Palatin, où avait été déjà une cité antérieure, <x>nnue sous le nom de la Ville Sicilienne. Selon le rite primitif, Évandre avait attelé au même joug

un taureau et une génisse, et avait profondément creusé le sillon mystique , enceinte inviolable des deux villes nouvelles, pour y enfouir religieuAement les choses fatales et les deux glèbes de terre arcadienne qu'il avait apportées avec lui. Non loin de là était le mont Murcus, double colline couverte de forêts, asile des terreurs religieuses, et entourée de fertiles marais, de gras pâturages. Ce mont sera l'Aventin destiné à une gloire toute plébéienne. Évandre le choisit pour sa demeure. Il voulait d'abord n'avoir qu'une simple cabane, abritée d'un toit de chaume , à la manière des pasteurs du Ménale; mais il trouva, tel fut l'avis de Garmenta, qu'un palais serait plus convenable pour l'habitation d'un pasteur des peuples. Une enceinte de fortes murailles, construites par les Sicans autochtones avec des pierres brutes posées Tune sur l'autre, sans ciment, et délaissées par eux, était restée debout au milieu de ravages dont les siècles n'effaceront point l'empreinte. Cette forteresse phéacienne qu'un vaste lierre embrassait de ses rameaux immenses était devenue le

fruste palais du roi.

Maintenant il touchait au terme de sa longue carrière; et ce n'était pas sans de vives inquiétudes qu'il voyait approcher sa fin. De redoutables oracles , qui commençaient à se répandre en tous lieux, un avenir devenu tout-à-coup incertain, lui

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