‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 31 sur 221 · OL. U · texte numérisé non relu

OL. U

lo ORPHÉE.

gré sa nature infime , dans la connaissance du bien et du mal. Ne pouvant le dépouiller de la science, elles le privèrent de la vue. Depuis long-temps donc il était aveugle; mais les tableaux de la nature, qui ne venaient plus frapper ses yeux, se représentaient toujours, avec une merveilleuse vivacité, dans sa féconde imagination. Le malheur avait marqué, sur son front, d'augustes empreintes; néanmoins, quelquefois encore, un doux sourire errait avec charme sur ses lèvres. Les muses avaient puni leur poëte, et ne l'avaient point enrichi. Souvent obligé, à cause de sa pauvreté, d essuyer les rebuts des hommes, il paya le chétif loyer de son voyage par des chants sublimes, dont toute la magnificence des rois de la terre n aurait {g^, sans doute, égaler le prix.

Ainsi le poëte indigent, vieux, aveugle, égaré loin de sa patrie, semblait ne chercher qu'une sépulture ignorée; car, à force d avoir survécu à tous les siens, dont peut-être jamais il ne partagera les paisibles habitudes, il était devenu étranger à la génération nouvelle : il ne reverra plus la terre de sa naissance, et c'est une terre, pour lui sans souvenirs, qui doit recouvrir ses os. Et toutefois Evandre était, à présent, le seul homme dans le monde avec qui il pût parler des anciens peuples de la Grèce, et des événements d'un autre âge.

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