LIVRE PREMIER
meurtre de celui qui représente Fempire précédent. C'est ainsi qu'Uran6s tua son père Acmon; que Saturne, à son tour, immola son père Uran6s; Jupiter, pour régner, a osé mutiler son père Saturne ; et Saturne, relégué dans les sombres royau* mes du Tartare, est réduit au triste emploi de tenir les Titans enchaînés. Les dé{)Ositaires des sciences secrètes prétendent qu'un jour Jupiter sera détrôné parBacclius, chef et roi futur de cette nouvelle race humaine, dominée aujourd'hui par les patriciarts, rigides successeurs des Titans. Tel est donc Tordre rigoureux du destin qui gouverne le monde.Vous, Évandre, parceque les rois de la terre sont tenus aux mêmes lois que les rois des sphères étoilées, vous avez voulu, je le sais, vous avez voulu, d'après les conseils de votre mère illustre, fonder en Arcadie une puissance dynastique, prématurée. Mais il fallait plus de force et plus de courage que vous n'en aviez. Vous avez dû vous exiler de la région anté-lunaire. Vous avez été poursuivi par les furies, comme Prométhée le fut avant d'être enchaîné sur le Caucase. La thyade, intrépide conseillère du meurtre, a pu devenir vira magnanime, sur les bords du Serranus; le meurtrier arcadien ne saurait s'élever au rang de héros législateur dans la citadelle latine. Toutefois je vous expierai. Après la cérémonie de l'expiation, IcMTsque vous aurez symboliquement avalé
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un de vos doigts, je pourrai procéder pour vous à la cérémonie plus auguste, et toute pacifique de l'initiation. Vous aurez à choisir un bain, comme les barl)ares; une libation ou un sacrifice, comme les Grecs: la plus solennelle de toutes, celle du taurobole, je ne puis vous l'accorder, puisque votre régne va finir. Encore, votre initiation restera incomplète, car il ne vous sera pas donné d'ôter la vie au vieillard malheureux qui vous aura initié. Une image de cette loi terrible des destinées humaines, qui fonde la vie sur la mort, une image de cette loi se rencontre chez vous: le prêtre de la Diane farouche ne peut être remplacé que par son propre meurtrier. Quoi qu'il en soit, cette nouvelle race humaine, dont je vous parlais tout-à-l'heure, et que Bacchus doit faire admettre, un jour, aux banquets de la cité, c'est à elle qu'Orphée est venu donner la capacité du bien et du mal.
Pendant que les vieillards discouraient ensenable, Pallas entre dans l'appartement de son père. Le roi fait asseoir, à ses côtés, le jeune chasseur, vaine espérance d'un avenir qui n'existera jamais. Il lui dit : Écoute, mon fils, tu peux prendre part aux graves entretiens qu'un envoyé des dieux veut bien avoir avec ton père. Les discours des vieillards sont toujours profitables à la jeunesse. Thamyris sur-tout, si plein d'expérience.