‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 41 sur 221 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

connaissent seuls vos rustiques concerts. Quelquefois vous avez aâsez bien exprimé les cris sinistres de la guerre, les mâles habitudes de hordes à demi barbares. Muses agrestes de l'Œnotrie, jx>ur la première fois, imitez les suaves mélodies <iela Grèce; pour la première fois, rivalisez avec les nympbes de THélicon, avec les chastes filles du Parnasse.

Ainsi commença de chanter le jeune Pallas avec une voix pure et timide. Puis il |)eignit les rochers émus aux accents d'Orphée, les arbres des forêts s'inclinant aux puissants concerts du poëte inspiré, les animaux féroces accourant de leurs asiles, et venant lécher ses pieds. Tels furent les prodiges de cette harmonie ravissante, disait Pallas; muses de TŒnotrie, vous appartiendra-t-il jamais de renouveler de semblables merveilles?

Pallas chanta ensuite comment Eurydice, fuyant la poursuite d'Aristée, fut blessée mortellement par un serpent caché sous les fleurs de la prairie, comment elle descendit dans les royaumes sombres, où bientôt Orphée voulut la suivre, pour essayer de l'arracher à la rigueur de son sort. Le poëte divin, qui avait apprivoisé les tigres et les ours, obtint un triomphe plus grand encore ; il répandit quelque calme parmi les lamentables habitants de TÉrébe, il suspendit les tourments des coupables livrés à la justice divine, il adoucit

3o ORPHÉE.

le tyran des morts lui-même; et il lui fut accordé de pouvoir ramener son épouse à la lumière du jour. Mais, hélas! ce fut à une condition bien cruelle quelle lui fut rendue. Il devra marcher le premier, pour guider Eurydice, et s abstenir de se retourner jusqu'à ce qu'il soit parvenu sur la terre oîi l'on respire l'air de la vie, que baigne la lumière du soleil. Imprudeiit! lorsqu'il souscrivit à ce pacte fiineste, il crut qu'il serait assez maître de lui-même. Songes enivrants de lamour, bercez l'ame du poëte! endormez toutes ses pensées ! qu'il marche en rêvant le bonheur, mais qu'il se contente de le rêver! Un seul regard peut perdre cette grande espérance qui habite en lui ; et comment croire qu'il pourra résister au désir d'en acquérir la certitude par un regard! Le redoutable roi des morts connaissait bien les faiblesses du cœur de l'homme; il savait que sa proie lui serait rendue; vaincu par les accents d'Orphée, il avait cédé, et, en cédant, il n'avait accordé qu'un présent trompeur. Eurydice suivait son époux; elle le suivait à pas furtifs, osant respirer à peine, et craignant toujours d'être trahie par le plus léger frôlement de ses vêtements aériens; timide et tremblante, pleine d'un doute infini sur la mort, sur la vie, sur Famour, elle renfermait en elle-même tous les sentiments dont elle était agitée. Elle cherchait à

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