LIVRE DEUXIÈME
inspirée , qu'on croit avoir été un héros lycien , se rendit auprès de Talaon. L'éclat de vos vertus, lui dit-il, a séduit le cœur de ma fille Vola, et je crois qu'elle sera pour vous la récompense d'une vie exempte de tout reproche, si vous voulez l'accepter pour compagne de votre solitude. Étonné d'un tel discours, Talaon voulut voir Vola. Il la trouva belle comme la fille la plus belle d'un Titan. Pour l'éprouver, il lui montra ses cheveux blanchis par l'âge. Nymphe sans égale, lui dit-il, pourquoi veux-tu sacrifier à un vieillard les heures fortunées de ta brillante jeunesse. Vola, souriant avec une grâce inexprimable, répondit: Je ne sais qui tu es, mais je sais que tu es grand; ta renommée, obscure pour tous, éclatante pour moi*, ta renommée est comme un manteau magnifique dont je voudrais me revêtir. J'envie ta gloire ignorée, noble vieillard, et tes entretiens feront toute ma joie. Ainsi donc, si tu ne me trouves pas indigne de toi, je serai ton épouse bien aimée. C'est moi, je le sens, c'est moi que les destins nouveaux ont daigné choisir pour une oeuvre toute nouvelle. Quand je serais chargée seulement d'acquitter envers toi les dieux que tu as honorés, les hommes à qui tu as consacré les travaux de ta forte intelligence ; quand je devrais fiadre seulement que la fin de ta vie sublime ressemble au soir d'un beau jour : une telle faveur
du ciel me suffît. Va , ne sois point effrayé de ma jeunesse; mon père ma appris les pensées sérieuses, il ma accoutumé à goûter les graves dis^ cours. Ma main n est pas inhabile aux travaux de mon sexe, et la poésie ma révélé quelques uns de ses secrets. Oui, lorsque tu me le permettras, lorsque ton esprit, lassé de hautes méditations, de» mandera quelque repos, je viendrai m'asseoir à tes pieds, et je ravirai ton ame par de charmants concerts. Telles furent les paroles de Vola; et, dès ce jour , elle devint l'heureuse épouse de Talaon.
Les dieux sourirent à cette union ; un an s^était à peine écoulé, qu'une nymphe merveilleuse, destinée à d'immortels souvenirs, naquit dans la maison du sage. Elle fut nommée Eurydice, c'est-àdire, dans la langue maternelle, la fille de la vision, parceque Vola reconnut l'enfant qui s'était offert à elle dans un songe divin.
Ici Thamyris , saisi d'un enthousiasme poétique, suspend son récit, et, prenant sa lyre, il se met à chanter un roi détrôné et fugitif, qui, exilé de ses antiques domaines, a pu créer une autre sorte de royauté, a pu remplacer par d'autres clients ses clients exterminés. Le chaos est apaisé. Les éléments, sortis de la confusion, deviennent dociles à l'harmonie. Les limites de la propriété et des héritages, marquées seulement dans le ciel, vont se dessiner sur la terre. Les facultés humaines