‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 53 sur 221 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

être consonnaDtes aux accords des sphères célestes. Que toutes soient ébranlées à*la-fois! Salut, rivage hospitalier! Salut, vieillard auguste qui m'as sauvé d'un naufrage certain ! car mes forces étaient épuisées, et j'allais périr sans le chêne eml^rasé qui m'a montré un asile. Salut, vierge merveilleuse, qui m es apparue comme une divinité dans un nuage de feu, comme une divinité bienfaisante qui veillait sur moi! Mais, ô vieillard auguste, et vous , vierge merveilleuse, savez-vous celui que vous venez d'arracher à la mort ? Je suis un malheureux, sans demeure et sans patrie. Je ne puis cueillir les fruits d'aucun arbre, et dire: Ces fruits sont à moi. Je ne puis enclore le plus petit espace de terre , et dire : Ce champ m'appartient*, cest là que sera mon tombeau. Je suis comme les animaux sauvages; je n'ai d'autre jardin que les forêts inhabitées; la solitude est mon domaine, le ciel est mon pavillon. Encore, des hommes, mes semblables, ont-ils voulu m'arracher la vie? N'y avait-il pas assez déplace, pour eux et pour moi, sous le soleil? Mon seul refuge a donc été la mer orageuse. Ma route, tracée dans le firmament, tout-à-coup s'est obscurcie; et a tempête m'a secouru. On me nomme Orphée; e n ai connu jamais ni le père qui m'engendra, ni a mère qui me donna le jour. Si je puis en cix)ire -ï es songes qui se rapportent à mon enfance , j'ai

été trouvé dans les bocages sacrés de Rhéa. Les abeilles de la Piérie me nourrirent de leur miel, qu'elles venaient déposer sur mes lèvres. Plus tard , d'autres songes m'ont révélé que j'étais né dans les déserts de la Scythie. Non, je ne sais rien sur ma naissance; je ne sais si c'est le sang d'un Scythe barbare ou d'une glorieuse divinité, qui coule dans mes veines. Quoi qu'il en soit, cette lyre fut mon seul héritage, et c'est la lyre qui civilise les hommes. J'ai cru à l'instinct qui était en moi, j'ai cru à la puissance fatidique de ma lyre, et j'ai été également trompé par mon génie et par ma lyre. Jusqu'à présent, je n'ai trouvé que des hommes entraînés par une puissance ennemie à refuser les bienfaits de la civilisation , des hommes qui, dédaignant l'harmonie, préfèrent la nourriture grossière du chêne au blé, aliment nouveau que je venais leur offrir. Ils ne veulent ni de la religion des tombeaux , ni de la sainteté des mariages. Vieillard auguste, j'en dirais davantage, sans la vierge innocente qui est à vos côtés. Ces hommes indomptables sont sortis de leurs forêts pour briser ma lyre, pour m'immoler sur l'autel de divinités sans nom. Et je dois marcher désarmé au milieu des hommes, puisque mon père m'est inconnu. Puissance infinie, qui gouvernes le monde, amour qui fécondas le chaos des éléments, amour qui fécondes le chaos de l'huma*

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