‹ Essais de palingénésie socialeChapitre 58 sur 221 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Leucade : il s'est iDÛmément associé à la classe immense de ceux pour qui n'existe pas encore la capacité du bien et du mal, des mortels qu'il faut élever au rang des hommes; mais son cœur généreux se refuse, en même temps, à faire partager une telle destinée à Eurydice. Il parle ainsi au sage Titan qui l'a si favorablement accueilli, et dont il ne voudrait pas trahir les plus chers intérêts : Noble vieillard, les dieux auraient-ils placé vainement dans mon ame un désir immense d'arracher des hordes sauvages à la barbarie où je les vois enfoncées comme dans un limon? Pallas ar^ mée, moitié serpent, est le symbole admirable de lliumanité naissante. Elle est accompagnée des Dioscures, enfants de Jupiter, et elle joue de la flûte. Lorsque le développement de l'humanité sera plus avancé , alors cette moitié de serpent , qui rampe à présent sur la terre féconde, marchera dans sa dignité et son indépendance. C'est en vain que des Titans jaloux ont voulu arracher le cœur de la forte poitrine de Bacchus ; et le cœur est le siège de Famé civile. Je n'ai recueilli, il est vrai, aucun fruit de mes premières tentatives ; mais à quoi servirait le courage, si l'on n'avait à agir que dans la voie facile du succès? Je veux aller dans la savante Egypte : là j'apprendrai toutes les hautes merveilles de la morale et de la poésie; là j'apprendrai la nature différente des âmes, si toute-

fois il y a une nature difiBérente des âmes; et je me ferai initier aux mystères dlsis, saints mystères où la pensée humaine cherche à s'unir avec la pensée divine. C'est là, dans cette terre heureuse, quliabite le génie religieux de la civilisation.

Tu es bien jeune encore, dit le vieillard, pour de si hardis dessmns. Néanmoins, je ne puis te blâmer; je le sais, les dieux mettent en nous la connaissance antici{)ée des choses que nous de* vons accomplir, ou qu'ils veulent accomplir par nous. Mais la saison est peu favorable, les tristes hyades régnent dans le ciel ; attends que la lune ait renouvelé deux fois son croissant. Non, répond le poëte, je partirai demain. Je t'ai compris, reprend Talaon: cette portion de l'ame universelle, qu'on nomme l'amour, à tes yeux, feit bril-«> 1er Euiydice d'un doux éclat, et tu veux fuir pour ne pas jeter le trouble dans le cœur de la vierge innocente. Mais, si je ne me trompe, déjà elle aime autant qu'elle peut aimer. Ainsi , demeure avec nous jusqu'à ce que la saison des orages soit passée. Pourquoi voudrais-tu bannir l'amour de ton cœur? Hélas! dit Orphée, je nai rien à ol> frir à Eurydice, sinon toutes les peines de l'exil^ et peut-être les vains pressentiments de je ne sais quelle gloire, dont je crains qu'elle-même m soit séduite. Et, après la saison des orages, comiD à présent, je n'aurai rien à offrir à Eurydic

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