LIVRE DEUXIÈME
priété aux confins célestes ; par elle , tu auras un père , puisqu'elle en a un. Ton nom désormais signifiera aussi lumière et guérison ; et le sien voudra dire justice, mais justice dans un sens étendu, dans le sens opposé au droit qui s'explique seulement par la force; car le Jupiter qui opprima Prométhée n'est autre chose que la force. Ainsi vous ferez pénétrer dans le monde d'abord l'isopolitie et ensuite l'isonomie. Orphée, souffre encore une question de ma part. En écoutant la voix intime qui te porte à faire du bien aux hommes , as-tu mûri les conseils secrets de ce dieu qui est en toi ?
Non, dit Orphée, je n'ai point mûri par la réflexion les conseils secrets de ce dieu qui repose en moi •, car ces conseils ressemblent à des ordres, et il ne me reste qu'à agir. Ecoute, à ton tour, ô mon père, écoute le récit de ma première inspiration. La lyre a toujours réveillé dans mou ame mille idées confuses, que, dans mon enfance mer- Teilleuse, je n'avais point la force de saisir et d'embrasser. N'y a-t-il pas une voix dans les choses? Ces nuages errants sur nos tètes, lorsqu'ils nous cachent la vue des astres, nous les représentent encore par leurs vives couleurs. Nos langues sontelles un reflet de la pensée humaine? La pensée humaine est-elle un reflet de la pensée divine? ou plutôt, la parole, qui est l'homme même, n'est-
elle pas Finspiration toujours subsistante de Dieu ? Les objets de la nature, les arbres, les fleurs, les nuages, les parfums, la lumière, les vents, sontils des emblèmes dont Thomme cherche Fexplication après l'avoir perdue? Et cette explication ne doit-il pas la trouver dans la parole, révélation qui ne finit point, chaîne éternelle, dont tous les anneaux, attachés entre eux, sont d'indestructibles traditions? Les bruits confus de la vallée, de la forêt, des eaux, le bourdonnement des insectes, les cris et les chants de tous les êtres vivants, ont-ils un sens unanime de prière et de gémissement? Y a-t-il une harmonie universelle dont Thomme puisse sentir tous les accords, deviner toutes les lois? Les instincts de ma lyre, comme les blanches ailes de la colombe, me soulevaient de dessus la terre, et me tenaient sus* pendu dans les hautes régions que le corps ne peut habiter. Mais mon ame, un instant éperdue, retombait bientôt dans sa prison terrestre. Un jour, durant mon voyage dans les hautes régions de Fesprit, il me sembla voir une grande lumière qui enveloppait la nature immense, et éclairait profondément toutes choses. Ma vue n'était point assez rapide, ni ma pensée assez active pour être par-tout à-la-fois dans un instant indivisible. J eus néanmoins un sentiment réel mais obscujr et indéfinissable de l'essence et de Fensemble de tout